lundi 17 février 2020

Un Russe à Los Angeles
















Rétrospectives des films d’Andreï Kontchalovski à la Cinémathèque de Toulouse, dans le cadre des Musicales franco-russes, et à la Cinémathèque française.


Avant une rétrospective parisienne qui lui est dédiée à la Cinémathèque française, le cinéaste russe
Andreï Kontchalovski rencontrera le public de la Cinémathèque de Toulouse, à l'occasion d'une rétrospective de ses films présentée dans le cadre des Musicales franco-russes. Andreï Kontchalovski quitte le Conservatoire de Moscou pour cosigner les scénarios des films "l’Enfance d’Ivan" et "Andreï Roublev", d’Andreï Tarkovski. Frère du cinéaste Nikita Mikhalkov, il prend le nom de son grand père maternel et s'impose sur le devant de la scène dès son premier film, "le Premier Maître", en 1965, qui raconte les débuts d’un jeune instituteur envoyé dans un village de Kirghizie, au début des années 1920. Il poursuit ensuite une carrière longue et fructueuse, remportant deux Lions d'argent à Venise (prix décerné au réalisateur) pour "les Nuits blanches du facteur" (2014) et "Paradis" (2016), tous deux tournés en Russie. Réalisé en Italie, son dernier film, "le Péché", dresse un portrait de Michel-Ange.

Michel Ciment rappelle que «Kontchalovski appartient à la génération des années 1960, la plus brillante du cinéma soviétique depuis celle des années 1920, celle qui, grâce au dégel khrouchtchévien, redonne tout son éclat au cinéma de son pays. D'Andreï Tarkovski à Larissa Chepitko, d'Elem Klimov à Kira Mouratova, d'Otar Iosseliani à Gleb Panfilov et Alexeï Guerman, ces cinéastes, tous nés dans les années 1930, apportent un souffle nouveau. Si Kontchalovski est l'un des rares à pouvoir témoigner encore de son talent, il figure surtout parmi les grands réalisateurs qui ont su s'imposer dès leur premier film, et continuent encore aujourd'hui à créer des œuvres dignes de leurs débuts.»(1)
 

Croyant à l'indépendance et à la liberté des individus, Kontchalovski s'est construit en ennemi juré de tous les systèmes. Son deuxième film, "le Bonheur d’Assia", décrit les difficultés de la vie paysanne dans un kolkhoze avec tant de réalisme qu’il est interdit en dehors des frontières soviétiques. Il adapte ensuite Ivan Tourgueniev en 1969, avec "Nid de gentilshommes", puis Anton Tchekhov en signant l’année suivante "Oncle Vania". Après "Sibériade" (1979), grande saga familiale à travers l’histoire de la Sibérie depuis la Révolution d’octobre, il quitte l'Union soviétique pour Hollywood, où il tourne notamment pour la Cannon. Il y dirige Nastassja Kinski et Robert Mitchum dans "Maria's Lovers" (1984), Julie Andrews et Max von Sydow dans "Duet for One" (1986), Sylvester Stallone et Kurt Russell dans "Tango et Cash" (1989). Durant cette période, il tourne également "Runaway Train", ou la course infernale d’un train sans conducteur qui a pour passagers deux prisonniers en cavale.

De retour en Russie après l’éclatement de l’URSS, il décrit la fin d’une époque dans "Riaba ma poule" (1994), une suite désenchantée du "Bonheur d’Assia", mais aussi dans "la Maison de fous" (2002) qui met en scène les malades d’un hôpital psychiatrique, situé à la frontière tchétchène, livrés à eux-mêmes au début de la guerre en Tchétchénie. Pour le critique Pascal Mérigeau, «la trajectoire d’Andreï Kontchalovski est celle d’un cinéaste surdoué, qui a su passer d’un registre à un autre, d’une super-production avec vedettes à un film bricolé en toute modestie, de la Sibérie à Hollywood et retour, sans jamais rien perdre de sa maîtrise et de sa singularité. Son œuvre est une des plus passionnantes et originales du cinéma des cinquante dernières années»(2). Auteur de "Ni dissident, ni partisan, ni courtisan"(3), livre de conversations avec le cinéaste, Michel Ciment constate que «Andreï Kontchalovski a une incroyable capacité de métamorphose, il se réinvente à chaque film.»


Jérôme Gac

"Les Nuits blanches du facteur" © ASC Distribution



(1) cinematheque.fr
(2) forumdesimages.fr
(3) Actes Sud (2019)


 

Rétrospectives :
du 18 février au 18 mars, à la Cinémathèque de Toulouse
;
du 17 mars au 8 avril, à la Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris (XIIe).
 

Rencontre avec A. Kontchalovski, animée par Michel Ciment,
vendredi 13 mars, 19h00, à la Cinémathèque de Toulouse
(entrée libre),

69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

vendredi 7 février 2020

Mauve égout





 











Festival de la Cinémathèque de Toulouse, Extrême Cinéma propose une semaine de cinéma bis et invite notamment Jean-Pierre Dionnet et Éric Cherrière.
 

Concocté par la Cinémathèque de Toulouse depuis vingt-deux ans, Extrême Cinéma est le rendez-vous annuel des amateurs de cinéma bis. Du ciné-concert d’ouverture à la longue nuit de clôture, le festival invite à une semaine de cinéma décalé. Films maudits du patrimoine, classiques atypiques, films culte ou oubliés constituent le menu de cette manifestation dédiée au cinéma différent.
 

Constatant que le cinéma de genre est de nos jours célébré dans les plus prestigieux festivals internationaux, tout en étant très prisé par le public, les organisateurs d’Extrême Cinéma voient dans ce phénomène très récent «une forme de normalisation qui s’installe, déplaçant le champ du choquant. "Le Genou de Claire" d'Éric Rohmer ou "Lolita" de Stanley Kubrick dérangeraient plus aujourd’hui qu’une "Ilsa", louve SS. Car le mauvais genre est déjà ailleurs. Un code Hays nouveau millénaire frappe déjà à la porte (...)».
 

Des cartes blanches sont confiées cette année à Vanessa Morgan, auteure et programmatrice au festival Off Screen de Bruxelles, à l’écrivain Éric Arlix, au plasticien Manuel Pomar, directeur artistique du Lieu-Commun, à la performeuse Marie Savage Slit, et à Jean-Pierre Dionnet, journaliste, scénariste et éditeur de bandes dessinées. Côté avant-premières, Richard Stanley et Éric Cherrière présenteront leur nouveau film, et Jérôme Sage accompagnera "la Volonté du mort" (The Cat and the Canary), de Paul Leni, en ouverture des festivités.
 

Outre moult animations musicales et performatives dans le hall de la Cinémathèque et la traditionnelle séance «Juniors de l'Extrême», on annonce l’exposition "Dangereuses visions" au Lieu-Commun et une soirée «survivalisme» au Muséum de Toulouse. Enfin, toujours interdite au moins de 18 ans, la fameuse nuit de clôture affiche quatre longs métrages, mais aussi des courts, des bandes-annonces, des documents audiovisuels de l’INA, et débutera par la remise du prix du meilleur court métrage Extrême décerné par un jury d’étudiants toulousains.

Jérôme Gac

photo: "Serial Mother"
 


Extrême Cinéma, du 7 au 15 février.
 

À la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.
Au Muséum de Toulouse, 35, allées Jules-Guesde, Toulouse. Tél. 05 67 73 84 84.
Au Lieu-Commun, 25, rue d’Armagnac, Toulouse. Tél. 05 61 23 80 57.


mardi 7 janvier 2020

Ennemies publiques


 

















La Cinémathèque de Toulouse revient sur la carrière de Bette Davis et de Joan Crawford, deux actrices rivales à Hollywwod.

L'année débute à la Cinémathèque de Toulouse avec un portrait croisé de Bette Davis et Joan Crawford qui rayonnèrent à Hollywwood durant plusieurs décennies. Actrices rivales, elles se haïssaient copieusement. Elles ont pourtant partagé l’affiche dans "Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?" (photo), de Robert Aldrich. Mais, pourquoi tant de haine ? Réponse en treize films tournés entre 1932 et 1962...


Repérée à Broadway par le studio Universal, Bette Davis a pourtant du mal à s’imposer à ses débuts, en raison d’un physique trop peu glamour pour le grand écran. Accueillie à la RKO, c’est finalement à la Warner Bros qu’elle se forgera une nouvelle personnalité au début des années trente, où elle est l'objet des attentions maniaques des coiffeurs et costumiers du studio. Michael Curtiz comprend alors ce que son jeu a de singulier: il lui offre dans "Ombres vers le sud" un personnage à sa mesure qui annonce les interprétations sulfureuses qu'elle donnera par la suite. Elle tournera cinq autres films avec le cinéaste au cours de la décennie, jusqu’à "la Vie privée d’Elizabeth d’Angleterre" (1939). Entre temps, faute de rôles à son goût, elle aura quitté Hollywood pour Londres d'où elle a intenté un procès contre la Warner. Elle le perd et retourne à Hollywood. Une fois les producteurs convaincus de son talent, elle devient la star de la Warner. 


Pour Jean-François Rauger, «son jeu est d’une précision technique époustouflante. Un infinitésimal mouvement de ses grands yeux, de la bouche, des bras, ajouté au placement toujours sûr de sa voix, peut traduire une violence intense. Le maximum d’émotion est obtenu avec le minimum d’action. Le mélange de coquetterie et de cruauté féminine qui s’affirme dans ses personnages est rarement dénué d’une ambivalence, que les trois films qu’elle fait avec William Wyler, "Jezebel" (1938), "la Lettre" ("The Letter", 1940), "Little Foxes" (1941) portent à un haut degré de précision et de perfection.»(1) En fin de contrat, elle quitte la Warner en 1949 et triomphe aussitôt avec "All about Eve", de Joseph L. Mankiewicz. Le rôle de Margo Channing, star du théâtre, tour à tour charmante et odieuse, constitue le sommet de sa carrière.


En 1962, elle partage l’affiche avec Joan Crawford dans "Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?", de Robert Aldrich. Monstres sacrés de l’époque, les deux stars interprètent dans cet huis clos hystérique deux sœurs actrices, la carrière de l’une ayant décliné lorsque la seconde a connu la gloire à Hollywood avant de perdre l’usage de ses jambes à la suite d’un accident mystérieux… Cherchant à relancer sa carrière, Joan Crawford avait alors insisté pour que Bette Davis soit sa partenaire. Les deux femmes n’avaient jamais travaillé ensemble, elles se haïssaient depuis près de trois décennies ! 


En 1935, Bette Davis était en effet tombée folle amoureuse de Franchot Tone, son partenaire dans "l’Intruse" – film pour lequel elle remporta l’Oscar de la meilleure actrice. Mais Franchot Tone épousera John Crawford qui lui avait fait des avances, et Bette Davis ne pardonnera jamais à sa rivale son attitude : «Elle l'a fait froidement, délibérément et sans pitié. (…) Elle a couché avec tous les mâles de la MGM – sauf Lassie», déclare-t-elle en 1987. Et si "Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?" fut un très grand succès, John Crawford dut subir pendant le tournage les vacheries à répétition de sa partenaire toujours aussi remontée, au point qu’elle refusa de tourner de nouveau avec Bette Davis, deux ans plus tard, dans "Chut… chut, chère Charlotte", toujours réalisé par Aldrich. Les deux films du cinéaste inscrivent le corps d’une actrice vieillissante dans l’histoire d’un système qui touche à sa fin, celui de l’âge classique d’Hollywood.


Joan Crawford est une autre de ces stars qui ont marqué l'âge d'or d'Hollywood. Sa carrière embrasse sur cinquante ans les différentes périodes du cinéma des grands studios. Elle a fait ses débuts au temps du muet, en 1925, et a été filmée par les grands cinéastes de son temps: Tod Browning, George Cukor, Otto Preminger, etc. Fidèle à la MGM jusqu'en 1943, elle y tourne une trentaine de films, dont "Mannequin" (1937) de Frank Borzage. Après la Seconde Guerre mondiale, elle entame une nouvelle carrière à la Warner, en rivalité affichée avec Bette Davis. Elle reçoit l’Oscar pour son interprétation de la mère meurtrière par amour pour sa fille dans "Mildred Pierce" (1945), de Michael Curtiz. 


Elle ne cesse alors d’enchaîner les succès commerciaux avec des personnages au passé équivoque qui exploitent toutes ses capacités d’actrice: "Humoresque" (1946), "la Possédée" ("Possessed", 1947), "Boulevard des passions" ("Flamingo Road", 1949) et "l’Esclave du gang" ("The Damned Don’t Cry", 1950) ont pour héroïne une femme tourmentée faisant face à de sombres malheurs, dont elle est souvent responsable. La force des personnages qu’incarne alors Joan Crawford – on affirma qu’elles étaient des super-femmes – est telle que celles-ci effacent le plus souvent les présences masculines, en général des rôles de faibles et de pauvres types. Les spectatrices représentent à cette l’époque l’essentiel du public de cinéma et les productions dans lesquelles l’actrice joue sont des «films de femmes». 


En 1952, elle devient indépendante des studios. Elle tourne deux ans plus tard sous la direction de Nicholas Ray dans "Johnny Guitar", un western baroque où elle se met dans la peau d’une tenancière de bar, un de ses plus beaux rôles. Selon François Truffaut, ce film «a été fait sur mesure pour Joan Crawford, comme "l'Ange des maudits" de Fritz Lang pour Marlene Dietrich. Joan Crawford fut l’une des plus belles femmes de Hollywood ; elle est aujourd’hui hors des limites de la beauté. Elle est devenue irréelle, comme le fantôme d’elle-même. Le blanc a envahi ses yeux, les muscles de son visage. Volonté de fer, visage d’acier (sens à peine figuré). Elle est un phénomène. Elle se virilise en vieillissant. Son jeu crispé, tendu, poussé jusqu'au paroxysme par Nicholas Ray constitue à lui seul un étrange et fascinant spectacle».(2)


Jérôme Gac

"Qu'est il arrivé à Baby Jane" © collections La Cinémathèque de Toulouse



(1) lacinematheque.fr
(2) "Arts" (23/02/1955)


«Davis vs Crawford», du 7 janvier au 6 février,
à la Cinémathèque de Toulouse
, 69, rue du Taur, Toulouse.
Tél. 05 62 30 30 10.


mardi 17 décembre 2019

Le spectateur aux trousses





















De "The Pleasure Garden" au "Rideau déchiré" en passant pas les fictions pour la télévision, une rétrospective des films d'Alfred Hitchcock est à l’affiche de la Cinémathèque française.
 

Avec une carrière s’étirant sur près de 60 ans et plus de 60 films, Alfred Hitchcock fut l’une des figures majeures du XXe siècle. Ses films ont propulsé l’art cinématographique dans une dimension nouvelle, grâce à la mise en scène comme au soin apporté à la manière de raconter une histoire. Extraordinaire artisan du cinéma, depuis le muet, il ne cessa jamais d’en repousser les frontières. «Si Hitchcock réussit si bien aujourd'hui son retour posthume, n'est-ce pas parce qu'il est, au sens fort, un cinéaste expérimental, à mi-chemin entre le cinéma muet (l'art du mime) et la télévision (et son babil) ? Le maître de tous ceux qui préfèrent explorer leur outil que délivrer un message ?»(1), écrivait le critique Serge Daney, en 1984. La Cinémathèque française consacre aujourd’hui une rétrospective au cinéaste britannique, qui outre les chefs-d’œuvre de la période américaine comprend à la fois ses films muets et ceux tournés pour la télévision entre 1955 et 1962 – la plupart dans le cadre des séries qu'il produisait, "Alfred Hitchcock présente" et "The Alfred Hitchcock Hour"

Hitchcock débute sa carrière dans l'Angleterre des années vingt, en signant notamment l'adaptation à l'écran de l'histoire de Jack l'éventreur ("The Lodger"), et "The Ring", une comédie dramatique opposant deux boxeurs se disputant la même femme - ce film a été retrouvé aux Puces de Toulouse, en 1952 par Raymond Borde : le fondateur de la Cinémathèque de Toulouse débutait alors une collection comptant aujourd'hui plus de 40 000 copies. Suivront "Chantage", thriller tourné simultanément en muet et parlant, puis "l'Homme qui en savait trop", premier d'une série de films d'espionnage - dont il signera une seconde version à Hollywood en 1956. C'est en 1940 qu'il entame sa période américaine avec le crypto lesbien "Rebecca", qui remporte l'Oscar du meilleur film.
 

La suite est une succession de chefs-d'œuvre où les femmes sont portraiturées avec une acuité redoutable sous les traits des stars de son époque : Tippi Hedren, Ingrid Bergman, Grace Kelly, Kim Novak. Il est le cinéaste de l'introspection féminine, celui qui dévoile leurs tourments sexuels, ou bien leur frigidité dans "Pas de printemps pour Marnie". Hitchcock, c'est aussi une mécanique parfaitement huilée au service de l'intrigue. Maître du suspense, il n’a cessé de renouveler son art et d’en faire le terrain d’expérimentations audacieuses : l’unique (en apparence) plan-séquence se déroulant sur toute la durée de "la Corde", les soixante-dix-huit plans pour les quarante-cinq secondes de la scène de la douche dans "Psychose", le surréalisme de Salvador Dalí dans "la Maison du docteur Edwardes", etc.

Dans sa biographie du cinéaste, Patrick McGilligan écrit, à propos de la célèbre poursuite du héros par un avion volant au ras du sol dans "la Mort aux trousses" (1959): «La personnalité de Cary Grant est essentielle pour la séquence, mais l’effet général est entièrement une création d’Hitchcock : un mélange magistral de transparences et découvertes, de paysages vrais et faux, d’acteurs et de doublures. En extérieurs, l’avion volait en piqué vers Hitchcock, et la vedette du film courait pour le réalisateur – mais jamais dans le même plan. Et quand Grant se couche sur le sol – de toute sa longueur, ce qui ajoute à la beauté du plan –, c’est devant une transparence. Le tout fut assemblé en un montage exemplaire qui sera étudié et apprécié aussi longtemps que le cinéma existera. La séquence est une parfaite histoire courte hitchcockienne : presque aucun dialogue, seulement des bruits naturels, et aucune musique. Une des plus grandes illusions créées par Hitchcock, elle n’aurait pu être réalisée sans les longs préparatifs et le labeur acharné qui caractérisèrent toute la saga de "la Mort aux trousses".»(2)

Patrick McGilligan raconte comment le cinéaste réussit à tourner une scène de baiser interminable dans "les Enchaînés" (1946), déjouant ainsi «les directives du Code Hays interdisant les baisers excessifs, les étreintes lascives, les postures et gestes suggestifs. Officieusement, les baisers à l’écran étaient limités à quelques secondes, mais dans cette scène des "Enchaînés", Cary Grant et Ingrid Bergman s’embrasseraient passionnément pendant beaucoup plus longtemps. Interrompus par la sonnerie du téléphone, ils resteraient étroitement enlacés en rentrant dans l’appartement pour y répondre. Quelques phrases du scénario furent modifiées pour satisfaire les censeurs, mais c’est la mise en scène et le travail de caméra qui se moquaient de ce code. Selon Bergman, les deux vedettes se sentaient mal à l’aise pendant le tournage de cette scène. Hitchcock la rassura : “Ne vous en faites pas, sur l’écran, ça sera très bien.” C’était si bien que les censeurs acceptèrent la scène. “Nous n’arrêtions pas de bouger et de parler, de sorte que les baisers étaient constamment interrompues”, explique Bergman. Pendant les années quarante, Hitchcock eut rarement la possibilité d’obtenir la distribution dont il avait rêvé, mais "les Enchaînés" est une splendide exception. Ingrid Bergman était devenue une amie intime du réalisateur, sa complice dans leur conspiration contre David O. Selznick et Hollywood. Bergman était lasse de jouer les saintes, et ici, elle avait l’occasion d’interpréter une soûlarde pleine de remord qui accepte de coucher avec le Diable pour apaiser sa conscience.»(2)

Infatigable provocateur, il testait directement auprès du public une inspiration personnelle dominée par la violence, le sexe, la culpabilité. Son sens inouï de la manipulation du spectateur atteint des sommets de virtuosité dans le regard du héros de "Fenêtre sur cour" (James Stewart) épiant de son appartement sa voisine: à l'image du personnage incarné par James Stewart, chaque spectateur du cinéma d'Hitchcock projette dans sa tête le film qu'il a envie de voir ! Pour Bernard Benoliel et Jean-François Rauger, programmateurs à la Cinémathèque française, si Hitchcock «a inventé une machine à effrayer, c'est parce qu'il est avant tout un artiste ayant vécu, décrit, critiqué, analysé le XXe siècle, perçu comme un âge de guerre et d'effroi. Le XXe siècle serait ainsi “hitchcockien”. Les totalitarismes ne constituent-ils pas la toile de fond de certains de ses films ("Sabotage", "Correspondant 17", "Cinquième colonne", "Les Enchaînés", "Le Rideau déchiré", etc.) qui renvoient l'image d'un monde uniquement structuré par la peur ? Face à cette menace, Hitchcock en a démasqué une autre, celle de la misère du sujet démocratique, de l'homme ordinaire confronté à ses misérables pulsions ("Fenêtre sur cour", "Psychose" et l'ensemble de son œuvre télévisuelle). L'œuvre d'Hitchcock est une implacable mise à nu de l'individu réduit à ses seuls besoins et appétits.»(3)
 

Jérôme Gac 
"Fenêtre sur cour" © Archives du 7e Art / AFP

(1) "Ciné journal" (Cahiers du cinéma, 1986)
(2) "Hitchcock: Une vie d'ombres et de lumière" (Actes Sud/Institut Lumière, 2018)
(3) cinematheque.fr


Jusqu’au 25 janvier, à la Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris (XIIe).

mardi 19 novembre 2019

L’homme-cinéma
















Une rétrospective des films de François Truffaut est à l’affiche de la Cinémathèque de Toulouse.
 

François Truffaut avait 22 ans lorsque parut en janvier 1954, dans les Cahiers du Cinéma, son pamphlet contre l’académisme d’une génération de réalisateurs bien installés qui se complaisaient dans le confort d’une «tradition de qualité française». Visant en particulier Jean Delannoy et Claude Autant-Lara, la missive intitulée «Une certaine tendance du cinéma français» fit grand bruit : elle annonçait avec fracas l’émergence imminente de ce qu’on appellera plus tard la Nouvelle Vague. Truffaut débute alors une fructueuse collaboration avec Arts Spectacles, un hebdomadaire assez marqué à droite, dans les colonnes duquel il signera plus de cinq cents articles en cinq ans. Aujourd’hui réunis dans un recueil, ces textes révèlent une plume directe et sans concession, une critique inédite dans la presse d'alors. «Pour la première fois, au lieu de dire “C'est bon! C'est mauvais!”, j'ai commencé à essayer d'imaginer comment ça aurait pu être bon ou pourquoi c'était mauvais», raconta Truffaut qui usa de cette tribune pour pilonner les institutions et les professions du cinéma (festivals, syndicats, production, etc.), fomenter des polémiques qui resteront célèbres (Delannoy, Autant-Lara, etc.), dresser le portrait de ses acteurs et réalisateurs de prédilection (Marilyn Monroe, James Dean, Alfred Hitchcock, Fritz Lang, Howard Hawks, Sacha Guitry, Max Ophuls, Jean Renoir, etc.) et défendre les aspirations d'une nouvelle génération (Agnès Varda, Jacques Rivette, Roger Vadim, Robert Bresson, etc.).

Au cours de l’été 1957, il réalise son court métrage "les Mistons" avec Bernadette Laffont, puis abandonne la critique l’année suivante pour se lancer dans l’écriture de son premier long. Égratigné par Truffaut dans les Cahiers lors de la parution de son "Panorama du film noir" coécrit avec Étienne Chaumeton, Raymond Borde (fondateur de la Cinémathèque de Toulouse) dira en 1960 au sujet de son détracteur: «C’était une sorte de Bazin méchant, c’est-à-dire qu’il avait les croyances et les limites d’un homme de droite, mais qu’il trempait sa plume dans le vinaigre, là où Bazin [ndr. le patron des Cahiers] ratiocinait. Ceux qu’il attaquait eurent la faiblesse de répondre et lui donnèrent de l’importance. Il ne cherchait rien d’autre : on parlait de lui.»(1)

 
Inspiré de ses jeunes années tourmentées, son premier long métrage triomphe en 1959 au Festival de Cannes : "les Quatre Cents Coups" y remporte le prix de la mise en scène. Mariée au cinéaste de 1957 à 1964, Madeleine Morgenstern assure, à propos de la veine biographique du cinéma de Truffaut : «François lui-même a beaucoup dit qu’il s’inspirait de son enfance et de sa jeunesse. Là où la grille de lecture biographique est la plus pertinente, c’est quand même pour "les Quatre Cents Coups". Le portrait des parents est fidèle à la réalité. La mère, je ne pense pas que c’était une méchante femme. Elle a beaucoup souffert d’être fille-mère dans une famille catholique très conservatrice. On l’a enfermée au Bon-Pasteur, et on a mis l’enfant en nourrice. C’est d’abord sa grand-mère maternelle qui a élevé François et lui donné le goût de la lecture. Ensuite, elle est morte.»


Madeleine Morgenstern poursuit : «Heureusement, la mère de son beau-père – Roland Truffaut a épousé la mère de François après sa naissance et l’a adopté – aimait beaucoup ce petit garçon et le prenait souvent chez elle. François est arrivé dans le petit appartement de sa mère et son beau-père, rue de Navarin, tardivement, après le mariage. Pour préserver l’illusion d’un enfant légitime, on trichait sur son âge en le faisant passer pour plus jeune qu’il n’était, mais il avait lu en cachette les livrets de famille et savait à quoi s’en tenir. Ce qui est sûr, et qu’on voit dans le film, c’est que son beau-père était plus attentif et plus gentil avec lui que sa mère. Elle, elle l’ignorait. François disait qu’elle ne l’a jamais appelé par son prénom. Tout ce qu’elle voulait, c’était qu’il reste sans bouger, donc il a beaucoup lu.»


Madeleine Morgenstern raconte que François Truffaut «reprochait à ses parents, par exemple de partir quarante-huit heures “faire du rocher” à Fontainebleau, de le laisser tout seul… et d’oublier de laisser de l’argent. Parfois, il en chipait dans le porte-monnaie de ses parents ou il gardait la monnaie quand on lui demandait d’acheter du pain. François n’avait jamais imaginé que son film puisse être sélectionné à Cannes. Et une fois à Cannes, le film a eu un retentissement incroyable. Là-dessus, les voisins ont commencé à bavarder : “Ah, mais on les connaît…”. Au point que les parents se sont sentis cloués au pilori. François leur a écrit une lettre pour dire qu’il était désolé de l’ampleur que ça prenait. Il a reçu une lettre rageuse en retour. Alors, il leur a écrit tout ce qu’il avait sur le cœur. Beaucoup plus tard, il m’a dit plusieurs fois : “Si je refaisais "les Quatre Cents Coups", je ferais un film beaucoup plus dur.”»


Selon Madeleine Morgenstern, «ce qui a été douloureux pour François Truffaut, c’est que ce sont ses parents qui sont allés demander au juge de le mettre dans un centre pour mineurs délinquants parce qu’il avait volé de l’argent pour son ciné-club. Il l’a ressenti comme une trahison. En général, les parents vous sauvent de ce genre de situations. Ce qui n’a pas amélioré sa situation, c’est qu’il s’est engagé pour l’Indochine – surtout parce qu’il avait beaucoup de dettes, et qu’il voulait toucher la prime – et qu’il n’a pas rejoint le contingent. Il a fait de la prison militaire, puis de la prison psychiatrique. Il en a beaucoup bavé. Il n’a jamais mis en scène tout ça, c’est resté dans le domaine intime. Évidemment, il a trouvé des gens qui l’ont vraiment pris en amitié, dont André Bazin qui a fait jouer toutes sortes de relations pour qu’il puisse sortir du centre des mineurs délinquants. Il a habité chez Janine et André pendant plus d’un an. Ils étaient ses parents d’élection. Malheureusement, André était très malade, il est mort au début du tournage des "Quatre Cents Coups". François en a été très affecté et lui a dédié son film.»(2)


"Les Quatre Cents Coups" est le premier d’une série de cinq films narrant les aventures chaotiques d’Antoine Doinel, le double du cinéaste incarné par Jean-Pierre Léaud dans "Antoine et Colette" (1962), "Baisers volés" (1968), "Domicile conjugal" (1970), "l’Amour en fuite" (1979). Biographe de Truffaut, Antoine de Baecque raconte que «début 1968, Truffaut sort de quelques années déprimantes. Depuis "Jules et Jim", en 1962, aucun de ses films ne l’a vraiment satisfait : "La Peau douce" a été un échec critique et commercial ; "Fahrenheit 451" une croix à porter ; "La mariée était en noir" ne l’a pas amusé ; la Nouvelle Vague s’est dispersée et Françoise Dorléac, la sœur aînée de Catherine Deneuve, la grande amie qui le faisait rire, vient de se tuer en voiture sur une route de la Côte d’Azur. Dans ce contexte morose, le réalisateur envisage un nouveau départ avec le personnage qu’il a inventé dans "les Quatre Cents Coups". Retrouver son alter ego, ce personnage aimé et déjà populaire incarné par Jean-Pierre Léaud, représente une bouffée d’oxygène, une promesse de succès et l’assurance que la vie peut redevenir plus légère.»(2)


Comme le confesse François Truffaut, «le cycle Doinel est arrivé de façon très accidentelle. "Les Quatre Cents Coups" ayant été accueilli au-delà de toute espérance, je n'avais pas envisagé d'en faire la suite pour ne pas avoir l'air d'exploiter un succès, probablement par réflexe puritain. Je pense que j'ai eu tort et je l'ai regretté, parce que j'ai ainsi laissé passer, sans la filmer, l'évolution physique de Léaud de treize à dix-neuf ans. Je suis un nostalgique, mon inspiration est constamment tournée vers le passé. Je n'ai pas d'antennes pour capter ce qui est moderne, je ne marche que par sensations ; c'est pourquoi mes films – et plus particulièrement "Baisers volés" – sont pleins de souvenirs et s'efforcent de ressusciter la jeunesse des spectateurs qui les regardent. Un dimanche matin, la télévision diffusait une scène extraite de "Baisers volés" montrant Jean-Pierre Léaud et Delphine Seyrig. Le lendemain, je suis entré dans un bistrot où je n'avais jamais mis les pieds et le patron me dit : “Tiens, je vous reconnais... Je vous ai vu hier à la télévision”. Or ce n'était évidemment pas moi qu'il avait vu à la télévision, mais Jean-Pierre Léaud jouant Antoine Doinel. Je raconte cette histoire car elle illustre assez bien l'ambiguïté (en même temps que l'ubiquité!) d'Antoine Doinel, ce personnage imaginaire qui se trouve être la synthèse de deux personnes réelles, Jean-Pierre Léaud et moi.»(3)


Antoine Doinel est bien sûr un grand cinéphile, comme Truffaut dont la filmographie est une savante déclaration d’amour à ses maîtres du passé. Véritable «homme-cinéma», le cinéaste interprète l’un des rôles principaux dans trois de ses films ("L’Enfant sauvage","La Chambre verte","La Nuit américaine"), et distribue très souvent ce rôle à des acteurs dont la silhouette banale s’approche de la sienne, celle d’un homme fin et pas très grand (Jean-Pierre Léaud dans le rôle de Doinel et dans "les Deux Anglaises et le Continent" et "la Nuit américaine", Charles Aznavour dans "Tirez sur le pianiste", Jean Desailly dans "la Peau douce", Charles Denner dans "l’Homme qui aimait les femmes", Jean-Louis Trintignant dans "Vivement dimanche", etc.). Également scénariste et producteur, il finit par occuper une place centrale au sein du cinéma hexagonal.


À l’annonce de sa disparition en 1984, Serge Daney rappelle dans Libération que «Truffaut fut un modèle d’organisation allant jusqu’à la manie et à la volonté de prévoir au maximum les grands effets des petites causes et vice-versa. Son intelligence de la situation du cinéma, la façon très pragmatique dont il s’appuie sur l’expérience des grands cinéastes du passé, la relative modestie de son projet esthétique lui donnent les moyens, dès son premier film, de se penser lui-même comme producteur. À l’époque, ce goût de l’indépendance ne fut pas perçu. Pourtant, c’est à ce goût que Truffaut (via sa maison de production les Films du Carrosse) devra de bâtir, comme un entrepreneur, une petite machine de production reliée au cinéma français, suffisamment personnelle pour lui permettre, de temps à autre, un film plus intime, donc plus risqué ("La Chambre verte", "La Femme d’à côté"). Autonomie relative, mais réelle.»(4)

 
L’ex-critique frondeur sera reconnu unanimement de son vivant, et bien au-delà de nos frontières, comme une figure tutélaire et emblématique du cinéma français. Récompensé par une pluie de César en 1980 pour "le Dernier métro", il fut alors parfois taxé d’académisme. Mais pour Frédéric Bonnaud, «Truffaut est un cinéaste classique (mais moins que Rohmer, qui en est la perfection), nourri d’un cinéma que son activité critique puis pédagogique a largement contribué à rendre “classique” et qu’il a décortiqué pour apprendre à l’appliquer. Il emploie une grammaire effectivement classique, qu’il maîtrise sur le bout des doigts, afin de pousser dans ses ultimes retranchements narratifs le classicisme cinématographique, et de déterminer jusqu’à quel point il est encore efficient, employé dans le traitement de sujets qui ne sont pas les siens, à peine des histoires. Cette attitude expérimentale sur un corpus déterminé est le contraire d’une démarche académique.»(5)


Coauteur avec Antoine de Baecque de la biographie de référence du cinéaste, Serge Toubiana prévient: «Dans ses vingt-et-un longs métrages, ce qui est frappant, ce sont les correspondances, les passages secrets, les clins d’œil plus ou moins visibles d’un film à l’autre. Et surtout, la cohérence d’ensemble. Truffaut était un homme à idées fixes. Et s’il y a des fuites, elles sont à l’intérieur même de l’œuvre. Ce qui est séduisant chez lui, c’est qu’il est un homme installé dans son travail et un autodidacte formidablement cultivé et obsédé par la transmission. Sa principale préoccupation a toujours été d’aller à l’essentiel et de prendre le spectateur par la main, en se concentrant sur le récit et les sentiments. La force de son cinéma était de s’adresser était de s’adresser intimement au spectateur comme s’il s’adressait à chacun d’entre nous. Ce passeur intelligent et généreux a aidé beaucoup de gens, de Claude Miller à Jean-François Stévenin… Il est mort très jeune et a laissé un vide : tout à coup un maillon essentiel a disparu et c’est tout l’édifice du cinéma français qui est devenu bancal.»(2)


Le cinéma de Truffaut a nourri de nombreux cinéastes à travers le monde. Parmi eux, certains ont construit la majeure partie de leur filmographie en compagnie d’un acteur, tel le Taïwanais Tsai Ming-liang qui a choisi Lee Kang-sheng pour interpréter le rôle principal de tous ses films – ce dernier allant même jusqu’à croiser Jean-Pierre Léaud lors d’un séjour parisien dans "Et là-bas, quelle heure est-il ?". Côté français, après avoir filmé inlassablement Louis Garrel dans plusieurs films, Christophe Honoré s’est choisi Vincent Lacoste pour double dans ses deux derniers opus. Quant à Arnaud Desplechin, grand passionné du cinéma de Truffaut, il a tourné la plupart de ses films avec Mathieu Amalric.


Jérôme Gac

photo : "Domicile conjugal"


(1) Premier Plan n°10 (juin 1960)
(2) Le Point (10/10/2014)
(3) cinematheque.fr
(4) Libération (22/10/1984)
(5) Les Inrockuptibles (27/06/2000)


Rétrospective, du 19 novembre au 23 décembre, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.


Lire : "Chroniques d’“Arts Spectacles” (1954-1958)", François Truffaut (Gallimard, 2019)


dimanche 29 septembre 2019

Saison rebelle

















Un nouveau voyage autour de la planète cinématographique sur l’écran de La Cinémathèque de Toulouse.
 

Après «Les films qu’il faut avoir vus» en septembre, la saison de la Cinémathèque de Toulouse se poursuit avec un cycle dédié à «L’esprit républicain au cinéma, de la Retirada à nos jours» – dans le cadre du traditionnel partenariat avec le festival Cinespaña. Cet automne, la salle de la rue du Taur s’intéressera également aux adaptations à l’écran des œuvres d’Edgar Poe, puis au fantastique australien – en partenariat avec le Théâtre Garonne – et au cinéma situationniste qui fut un art insurgé essentiellement représenté par Guy Debord – dont on verra l’intégrale des films. Cet hiver, la thématique de l’«Autoportrait / Journal filmé» est annoncée, «Les nouveaux excentrés du cinéma français» (Quentin Dupieux, etc.) seront convoqués, et un cycle printanier permettra d’apprécier diverses représentations des sorcières, suivi d’une programmation consacrée à la rébellion (photo).

Plusieurs cinéastes seront à l’honneur, avec les rétrospectives des films de Jean-Daniel Pollet, François Truffaut, Dino Risi, Arthur Penn, Andreï Kontchalovski, John Cassavetes, Maria Ramos et Satoshi Kon. Et les actrices américaines Bette Davis et Joan Crawford feront l’objet d’une programmation croisée. Si la troisième édition du festival Histoires de Cinéma est annoncée à l’automne, avec cette année notamment le metteur en scène Aurélien Bory, l’équipe d’Extrême Cinéma prépare la vingt-et-unième édition du festival incorrect de la Cinémathèque de Toulouse. Enfin, l’essentiel de la saison des ciné-concerts réunit une programmation de films burlesques américains, et on annonce la création d’un nouveau rendez-vous dédié au jeune public pour trois jours d’ateliers, de séances accompagnées et de rencontres à l’approche des fêtes de fin d’année.


Dans le hall de la salle de la rue du Taur, cinq expositions réalisées à partir des collections de la Cinémathèque de Toulouse accueilleront le public au fil des mois, avec pour débuter Edgar Allan Poe et Georges Méliès, avant de terminer la saison en beauté avec les comédies musicales durant l’été.


Jérôme Gac

photo: "Easy Rider"


«Les films qu’il faut avoir vus», jusqu’au 2 octobre ;
«L’esprit républicain au cinéma, de la Retirada à nos jours», du 5 au 13 octobre ;
Rétrospective Arthur Penn, du 15 octobre au 6 novembre ;
«Edgar Poe, histoires extraordinaires», du 16 octobre au 5 novembre ;
festival Histoires de Cinéma, du 8 au 16 novembre ;
Cinéma situationniste, du 19 novembre au 23 décembre ;
«Fantastique australien : le cri de la nature», du 19 novembre au 7 décembre.


La Cinémathèque de Toulouse
, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.


mercredi 11 septembre 2019

Groland Party













La huitième édition du Festival international du Film grolandais de Toulouse invite Jean Dujardin et célèbre les dictateurs.


Projections de courts et longs inédits, documentaires, rétrospectives, théâtre, performances, concerts, rencontres littéraires sont chaque année au menu du Festival international du Film grolandais de Toulouse. Pour cette nouvelle édition du Fifigrot, le huitième jury chargé de remettre l’Amphore d’or du film le plus grolandais pioché dans la compétition sera présidé par l’acteur Jean Dujardin. Il en sera d’ailleurs l’unique membre, ce qui devrait faciliter les délibérations finales pour départager les lauréats. Le public est lui aussi invité à décerner son prix parmi ces films «d’esprit grolandais», ainsi qu’un jury constitué d’étudiants. Plusieurs ouvrages concourent également pour le Gro Prix de littérature grolandaise. 


Cette année, le réalisateur bruxellois Fabrice Du Weltz montrera ses films – dont "Adoration", en avant-première – et sera présent pour une carte blanche, le temps d’une soirée à la Cinémathèque de Toulouse. On verra bien sûr quelques films de Jean Dujardin et ceux du réalisateur Sébastien Marnier, programmations couplées à une carte blanche pour chacun d’entre eux. Les réalisateurs suédois Johannes Nyholm et américain Craig Zahler auront aussi les honneurs d’une mini rétrospective. Un hommage sera rendu à Pierre Desproges à la Cave Poésie et à l’American Cosmograph ; le Goethe Institut projettera "Huit heures ne font pas un jour", une série télévisée de Fassbinder réalisée en 1972 ; Le Théâtre du Radeau sera célébré au Théâtre Garonne, etc.



Outre les traditionnelles sections Made in Ici, Gro l’art ou Gro Zical, plusieurs thématiques seront abordées: «le rien» avec notamment, en avant-première, "Ma nudité ne sert à rien" de Marina de Van ; «lucha libre», une sélection de films militants montrés en avant-première ; un programme «nazis dans le rétro» ; «les dictateurs fous» ; «éloge de l’éthylisme»... En écho à une exposition installée au musée des Abattoirs, une soirée à l’ABC sera dédiée au genre mondo, ces films d’exploitation à caractère violent ou sexuel qui ont fleuri dans les sixties jusqu’aux eighties. En préambule aux festivités, on se plongera à Mix'Art Myrys dans l’univers des mythiques Drive In des années cinquante, avec une sélection de courts-métrages, des pépites piochées dans chacune des thématiques de cette édition. Ce «Gro Before» se poursuivra avec un concert fleuve jusqu’au milieu de la nuit.


En ouverture des festivités, avant la projection du nouveau film d’Elia Suleiman, "It must be Heaven" (photo), une «grande marche grolando-milito-processionnaire» partira de la place du Capitole pour rejoindre le Gro Village. Le 20 septembre, le port Viguerie servira de cadre pour un spectacle de théâtre de rue, suivi de la projection en plein air du "Grand soir", de Benoit Delépine et Gustave Kervern. Le lendemain, si les gilets jaunes le veulent bien, la première ligne de bus grolandaise reliera la place Jeanne-d’Arc au cours Dillon, avec à son bord la fine fleur grolandaise et les musiciens de Houba, orchestre symphonique pour punks à chien qui ouvrira ensuite le très attendu Gro Concert du sadi.


Partenaire du festival, le Collectif Culture Bar Bars programme de son côté tout au long de la semaine des projections, des concerts et DJ set dans plusieurs bistrots : Le Taquin, Ô Bout du Pont, La Loupiote, Le Delicatessen, Le Moloko, L’Itinéraire Bis, L’Impro, L’Autruche, Le Petit London, Breughel L’Ancien. Installé dans la cour de l’Ensav, le Gro Village accueillera chaque soir moult animations grolandaises. Bienvenue au Groland !


Jérôme Gac


Fifigrot, du 16 au 22 septembre ;
Grovillage, à l’Ensav
, 56, rue du Taur, Toulouse.


«Gro Before», samedi 14 septembre, 19h30, à Mix'Art Myrys,
12, rue Ferdinand-Lassalle, Toulouse. Tél. 05 62 72 17 08.