Affichage des articles dont le libellé est John Cassavetes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est John Cassavetes. Afficher tous les articles

mardi 1 mars 2022

La place de l’acteur


 

 

 

 

 

 

 

 

L’acteur et réalisateur américain John Cassavetes fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque de Toulouse.

Formé à l’art dramatique, John Cassavetes débute comme comédien de théâtre et dans des séries à la télévision, avant de tourner pour le grand écran et de fonder à New York, en 1957, un atelier de perfectionnement d'acteurs. En 1959, il passe à la réalisation avec "Shadows", tout en poursuivant sa carrière d’interprète pour financer ses propres films. Parce qu’il envisageait le cinéma comme une captation de la vie, "Shadows" puis "Husbands", en 1968, sont élaborés à partir d’une dose importante d’improvisation. «Je pense que j’ai un don, comme metteur en scène, c’est de créer une atmosphère où les gens peuvent se comporter naturellement dans une situation donnée. Je n’essaie pas de contrôler le plateau qui est souvent bruyant, anarchique, les acteurs parfois se liguant contre moi»(1), raconte John Cassavetes.

John Cassavetes construira l’essentiel de sa filmographie selon une méthode de travail qui place l’acteur au centre du processus de fabrication: lecture collective du scénario, réécriture de dialogues à la demande des interprètes, rareté des ellipses narratives, tournage dans le respect de la chronologie du récit, déplacements non imposés aux acteurs sur le plateau, multiplication des prises, etc. Vient ensuite le temps du montage dont il ne se prive pas d’abuser sans modération, modifiant parfois le travail initial après la sortie d’un film !

Ces pratiques excluent Cassavetes du système des grandes compagnies, notamment en raison des plannings de tournages organisés selon des exigences économiques qui ne respectent pas vraiment la continuité du scénario. Trois expériences le persuadent alors de déserter Hollywood: la Paramount finance son deuxième film, "Too Late Blues" (La Ballade des sans-espoir), histoire de la déchéance d'un joueur de jazz idéaliste ; puis United Artists produit "Un enfant attend" (1963), avec Judy Garland et Burt Lancaster ; et il tourne "Minnie and Moskowitz" (1971) chez Universal.

Cinéaste indépendant, il a constitué autour de lui un groupe d’interprètes fidèles (Ben Gazzara, Seymour Cassel, Peter Falk, etc.), «des amis, des gens que j’aime bien, et nous nous entendons car nous avons les mêmes buts. Ce que nous cherchons, c’est à exprimer des sentiments, des émotions. […] Nous traitons de pensées et de sentiments et mon espoir est que les acteurs ne sentent pas le matériau comme écrit. Alors, ils ne pensent plus au texte, ils prennent leur temps et le texte semble leur appartenir. […] Tout, dans un film, doit trouver son inspiration dans l’instant. Bien sûr, la scène est écrite. Les mots sont là, mais deux très bons acteurs veulent exprimer davantage de leurs rapports amoureux que de dire simplement un texte. Comme interprètes ils font des choix: aimer et attendre quelque chose ou ne rien attendre du tout, trouver une qualité épique ou non, avoir des exigences ou pas. C’est ainsi qu’ils arrivent à croire à leurs personnages et à les exprimer»(1), raconte Cassavetes dans Positif, en 1975, au moment de la sortie d’"Une femme sous influence".

Soucieux de réalisme, il s’attache à organiser sa mise en scène à la hauteur des acteurs considérés comme des créateurs : «L’interprétation créatrice vise à rendre sa vie plus claire à travers l’expression des sentiments et l’exercice de l’intelligence. Si bien que cela n’a plus de rapport avec le cinéma: c’est se retrouver soi-même dans le personnage»(1). Chez Cassavetes, l’acteur est au centre de la mise en scène car il est le vecteur de la vraisemblance du propos. Sa caméra s’adapte donc à chaque scène, et non l’inverse.

Dans "50 ans de cinéma américain"(2), Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier écrivent à ce sujet : «La forme épouse parfaitement le projet. Le plus souvent, la caméra colle aux personnages, les talonne inlassablement (comme leur ombre, pourrait-on dire), se fixe sur leurs visages en d’énormes gros plans qui sont parmi les plus extraordinaires jamais filmés. L’intimité ainsi créée se trouve à la limite de la promiscuité, de l’impudeur, mais les révélations souhaitées par le cinéaste naissent justement de telles effractions dans le domaine privé des individus. Nous faisons l’expérience d’une proximité par rapport aux personnages sans équivalent dans nos habitudes de spectateurs – proximité physique souvent bouleversante, même si elle tend à renforcer l’opacité des émotions et des rapports. La technique de Cassavetes a beau être excentrique et, dans un sens, très voyante (elle ne ressemble à aucune autre), elle se fait facilement oublier dans la mesure où elle est fort peu préméditée. Ainsi, bien que la caméra soit le plus souvent en mouvement, on a très rarement l’impression qu’un mouvement d’appareil a été réglé, répété ; la caméra suit les personnages comme nous-mêmes pourrions les suivre, au gré de déplacements erratiques et imprévisibles».

Après le vertigineux "Opening Night" (1977), qui creuse le sillon de la perméabilité entre la vie et le jeu à travers le portrait d’une comédienne désespérée incarnée par Gena Rowlands, Cassavetes remporte en 1980 le Lion d’or à Venise pour "Gloria", polar new-yorkais et échevelé avec Gena Rowlands en comédienne ratée traquée par la Mafia. Ouvertement commercial et produit par la Columbia, ce film sera son plus grand succés. "Love Streams", Ours d’or à Berlin en 1984, est l’adaptation d'une pièce de théâtre qui s’impose comme un bilan du couple Cassavetes-Rowlands, où le cinéaste développe ses obsessions: la mort, la folie, la solitude.

Son dernier film est le seul dont il n’a pas signé le scénario: "Big Trouble" est une comédie, un remake d’"Assurance sur la mort" de Billy Wilder, pour lequel il est appelé à la dernière minute en remplacement du réalisateur Andrew Bergman – également auteur du scénario. Peter Falk, un des acteurs fétiches de Cassavetes, y tient le rôle principal… La rétrospective que consacre la Cinémathèque de Toulouse au cinéaste comprend tous ses films, à l’exception de ce dernier, auxquels s’ajoutent trois longs métrages puisés dans sa carrière d’acteur: "À bout portant" (1964) de Don Siegel, "Les Douze Salopards" (1966) de Robert Aldrich, "Rosemary's Baby" (1968) de Roman Polanski.

Pendant le tournage du film de Polanski, Cassavetes tentait de mettre un terme au montage de "Faces" qui aura duré près de trois années. Tourné sans argent et durant six mois, "Faces" narre les aventures extraconjugales simultanées d’un couple en pleine déconfiture. Enfin, la Cinémathèque de Toulouse projette l’épisode de "Cinéastes de notre temps", d’André Labarthe et Hubert Knapp, qui comprend les entretiens avec Cassavetes réalisés à Hollywood en 1965 et à Paris en 1968.

Jérôme Gac

(1) "Petite planète cinématographique", Michel Ciment (Stock, 2003)
(2) Nathan, 1995


Du 1er au 24 mars, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.


mercredi 30 septembre 2020

Mary, Ida, Gena et les autres


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Cinémathèque de Toulouse invite cette saison à un voyage dans l’Amérique de Chaplin jusqu’à la Russie de Zviaguintsev, en passant par l’Argentine de Piñeiro et l’Italie de Sorrentino.

Cet automne, dans le cadre du festival Cinespaña, la Cinémathèque de Toulouse s’intéresse aux comédies musicales déjantées (photo) produites sous le régime de Franco, puis célèbrera les vingt ans des studios d’animation TAT – société de production née à Toulouse –, avant de ressortir à la fin de l’année des films de la Hammer, fameux studio britannique spécialisé dans le fantastique et l’horreur gothique.

Cet hiver, la thématique «De l’usage du faux» est annoncée en partenariat avec le festival L’Histoire à venir, puis des films de l’ex-Yougoslavie seront projetés, et un cycle printanier permettra d’apprécier diverses représentations de la féminité à travers la figure de la sorcière, suivi d’une programmation consacrée à l’expérimentation à la télévision française. Il sera également question de cinéma africain et des images de la guerre en Syrie.

Plusieurs cinéastes seront à l’honneur, avec des rétrospectives dédiées aux Américains Charlie Chaplin, Ida Lupino, John Cassavetes et David Fincher, à la documentariste brésilienne Maria Augusta Ramos, à l’Argentin Matías Piñeiro (dans le cadre du festival Cinélatino), à l’Italien Paolo Sorrentino, au Hongrois Béla Tarr, au Russe Andreï Zviaguintsev (dans le cadre des Musicales franco-russes), et aux Français Gaspard Noé et Jean-Denis Bonan. Enfin, on reverra les chefs-d’œuvre adaptés des pièces de Tennessee Williams.

Annoncée à l’automne, la quatrième édition du festival Histoires de Cinéma est centrée sur la fabrication du cinéma, ses techniques et ses techniciens, avec des cartes blanches confiées à l’écrivain et réalisateur Emmanuel Carrère, au directeur de la photographie Philippe Rousselot, et à l’agent d’acteurs Élisabeth Tanner. Quant à l’équipe d’Extrême Cinéma, elle prépare la vingt-deuxième édition du festival incorrect de la Cinémathèque de Toulouse, avec sa dose habituelle de Cinéma Bis, films d’exploitation, blockbusters déviants et autres films cultes ou totalement oubliés… mauvais goût assuré !

Le fil rouge de la saison des ciné-concerts rassemble des films de Mary Pickford et de Douglas Fairbanks Sr, couple mythique d’acteurs du cinéma muet et fondateurs, avec Chaplin et David W. Griffith, de la United Artists (société de production et de diffusion) leur garantissant une indépendance artistique et financière au sein du système hollywoodien. Trois ciné-concerts seront également à l’affiche de la nouvelle édition printanière des Musicales franco-russes.

À l’approche des fêtes de fin d’année, un festival dédié au jeune public propose trois jours d’ateliers, de séances accompagnées et de rencontres. Dans le hall de la salle de la rue du Taur, six expositions se succèderont au fil des mois: pour débuter la saison, l’illustrateur René Péron, qui a traversé l’histoire du cinéma des années vingt aux années soixante ; des portraits de stars et des photos de tournage signés Léo et Yves Mirkine ; les sorcières au cinéma ; des affiches de films peintes à la main sur des sacs de farine et destinées aux devantures des cinémas du Ghana ; l’affichiste Yves Thos, durant l’été ; etc.

Jérôme Gac

photo : "Le Labyrinthe des passions", de P. Almodóvar


«¡Pánico Pop! Subversion en Espagne, des yéyés à la Movida»,
dans le cadre de Cinespaña, du 3 au 11 octobre ;
«Ida Lupino, juste une cinéaste ou une cinéaste juste?»,
du 14 octobre au 3 novembre ;
«Gaspard Noé, seul contre tous», du 14 octobre au 4 novembre ;
Maria Augusta Ramos, du 28 octobre au 4 novembre ;
Festival Histoires de Cinéma, du 6 au 14 novembre, etc.

À la Cinémathèque de Toulouse
, 69, rue du Taur, Toulouse.
Tél. 05 62 30 30 10.

 

dimanche 29 septembre 2019

Saison rebelle

















Un nouveau voyage autour de la planète cinématographique sur l’écran de La Cinémathèque de Toulouse.
 

Après «Les films qu’il faut avoir vus» en septembre, la saison de la Cinémathèque de Toulouse se poursuit avec un cycle dédié à «L’esprit républicain au cinéma, de la Retirada à nos jours» – dans le cadre du traditionnel partenariat avec le festival Cinespaña. Cet automne, la salle de la rue du Taur s’intéressera également aux adaptations à l’écran des œuvres d’Edgar Poe, puis au fantastique australien – en partenariat avec le Théâtre Garonne – et au cinéma situationniste qui fut un art insurgé essentiellement représenté par Guy Debord – dont on verra l’intégrale des films. Cet hiver, la thématique de l’«Autoportrait / Journal filmé» est annoncée, «Les nouveaux excentrés du cinéma français» (Quentin Dupieux, etc.) seront convoqués, et un cycle printanier permettra d’apprécier diverses représentations des sorcières, suivi d’une programmation consacrée à la rébellion (photo).

Plusieurs cinéastes seront à l’honneur, avec les rétrospectives des films de Jean-Daniel Pollet, François Truffaut, Dino Risi, Arthur Penn, Andreï Kontchalovski, John Cassavetes, Maria Ramos et Satoshi Kon. Et les actrices américaines Bette Davis et Joan Crawford feront l’objet d’une programmation croisée. Si la troisième édition du festival Histoires de Cinéma est annoncée à l’automne, avec cette année notamment le metteur en scène Aurélien Bory, l’équipe d’Extrême Cinéma prépare la vingt-et-unième édition du festival incorrect de la Cinémathèque de Toulouse. Enfin, l’essentiel de la saison des ciné-concerts réunit une programmation de films burlesques américains, et on annonce la création d’un nouveau rendez-vous dédié au jeune public pour trois jours d’ateliers, de séances accompagnées et de rencontres à l’approche des fêtes de fin d’année.


Dans le hall de la salle de la rue du Taur, cinq expositions réalisées à partir des collections de la Cinémathèque de Toulouse accueilleront le public au fil des mois, avec pour débuter Edgar Allan Poe et Georges Méliès, avant de terminer la saison en beauté avec les comédies musicales durant l’été.


Jérôme Gac

photo: "Easy Rider"


«Les films qu’il faut avoir vus», jusqu’au 2 octobre ;
«L’esprit républicain au cinéma, de la Retirada à nos jours», du 5 au 13 octobre ;
Rétrospective Arthur Penn, du 15 octobre au 6 novembre ;
«Edgar Poe, histoires extraordinaires», du 16 octobre au 5 novembre ;
festival Histoires de Cinéma, du 8 au 16 novembre ;
Cinéma situationniste, du 19 novembre au 23 décembre ;
«Fantastique australien : le cri de la nature», du 19 novembre au 7 décembre.


La Cinémathèque de Toulouse
, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.