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dimanche 3 avril 2022

La beauté du désespoir


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cinéaste hongrois Béla Tarr fait l'objet d'une rétrospective la Cinémathèque de Toulouse.

Les réalisateurs Gus Van Sant, Jim Jarmusch et Guy Maddin, l'essayiste Susan Sontag ou encore l'actrice Tilda Swinton le considèrent comme l'un des grands cinéastes de notre époque. Il a mis un point final à sa filmographie en 2010 avec "le Cheval de Turin" (photo), qui a reçu l’Ours d'argent au Festival de Berlin. Parmi ses œuvres marquantes, "le Nid familial", son premier film tourné en 1977, est l’évocation des problèmes sociaux de la Hongrie de son époque dans un style presque documentaire. Dix ans plus tard, "Damnation" aborde la décrépitude morale en usant de travellings dignes de Tarkovski ; En 2000, il signe "les Harmonies Werckmeister", joyau noir flirtant avec le fantastique. 

En dix longs métrages, quatre courts métrages et une fiction pour la télévision, Béla Tarr a façonné une œuvre radicale et visionnaire, à la beauté formelle fascinante. Il est le cinéaste d’un temps réinventé, un orfèvre perpétuellement traversé par la question de la condition humaine, un chercheur invétéré des fondements du monde. Ses films sont à l’affiche de la Cinémathèque de Toulouse, où une rétrospective lui est consacrée ce mois-ci. Né à Pecs en 1955, d’abord ouvrier de la réparation navale, Béla Tarr sort diplômé de l’École supérieure du Théâtre et du Cinéma de Budapest. Il débute sa carrière par une trilogie sociale fortement influencée par le cinéma direct et le travail du Studio Béla Balazs, dont il fait un temps partie : "Nid Familial", "l’Outsider" et "Rapports préfabriqués" composent ainsi une vision percutante de la réalité socialiste.

En 1982, son adaptation de "Macbeth", de William Shakespeare, pour la télévision n’est composée que de deux plans, pour une durée de soixante-sept minutes. Le cinéaste brille ensuite par l’élégance de sa mise en scène avec une seconde trilogie, écrite avec l’aide du romancier hongrois Laszlo Krasznahorkai, constituée de "Damnation" (1987), du film fleuve "le Tango de Satan" (1994) et des "Harmonies Werckmeister". Maîtrise du plan séquence, composition d’un noir et blanc magique et captivant, refus de la prédominance de la narration, le cinéma de Béla Tarr pénètre la beauté du monde avec une fulgurance empreinte d’ironie. En 2007, on retrouve dans "l’Homme de Londres", réalisé à partir d’une œuvre de Simenon, ce même désespoir incandescent.

Comme l’écrit Émile Breton, «on ne peut pas dire que les films de Béla Tarr, du "Nid familial" et ceux qui le suivirent, situés sous le socialisme, aux "Tango de Satan" et "les Harmonies Werckmeister" postérieurs à sa chute, fassent preuve d’un optimisme excessif quant à l’avenir de l’humanité. Reste pourtant ceci: tous, quels qu’ils soient, procèdent d’une telle jubilation dans l’invention d’une écriture à la hauteur de leur sujet profond, qu’il y a toujours de l’allégresse à les voir ou les revoir, l’impression qu’ils ont été tournés dans la joie.»(1)

Jérôme Gac
 

(1) Revue Cinéma n° 3 (septembre 2002)
 

Rétrospective, du 5 au 30 avril ;
Conférence par Corinne Maury, jeudi 21 avril, 19h00 (entrée libre).

À la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

 

mercredi 30 septembre 2020

Mary, Ida, Gena et les autres


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Cinémathèque de Toulouse invite cette saison à un voyage dans l’Amérique de Chaplin jusqu’à la Russie de Zviaguintsev, en passant par l’Argentine de Piñeiro et l’Italie de Sorrentino.

Cet automne, dans le cadre du festival Cinespaña, la Cinémathèque de Toulouse s’intéresse aux comédies musicales déjantées (photo) produites sous le régime de Franco, puis célèbrera les vingt ans des studios d’animation TAT – société de production née à Toulouse –, avant de ressortir à la fin de l’année des films de la Hammer, fameux studio britannique spécialisé dans le fantastique et l’horreur gothique.

Cet hiver, la thématique «De l’usage du faux» est annoncée en partenariat avec le festival L’Histoire à venir, puis des films de l’ex-Yougoslavie seront projetés, et un cycle printanier permettra d’apprécier diverses représentations de la féminité à travers la figure de la sorcière, suivi d’une programmation consacrée à l’expérimentation à la télévision française. Il sera également question de cinéma africain et des images de la guerre en Syrie.

Plusieurs cinéastes seront à l’honneur, avec des rétrospectives dédiées aux Américains Charlie Chaplin, Ida Lupino, John Cassavetes et David Fincher, à la documentariste brésilienne Maria Augusta Ramos, à l’Argentin Matías Piñeiro (dans le cadre du festival Cinélatino), à l’Italien Paolo Sorrentino, au Hongrois Béla Tarr, au Russe Andreï Zviaguintsev (dans le cadre des Musicales franco-russes), et aux Français Gaspard Noé et Jean-Denis Bonan. Enfin, on reverra les chefs-d’œuvre adaptés des pièces de Tennessee Williams.

Annoncée à l’automne, la quatrième édition du festival Histoires de Cinéma est centrée sur la fabrication du cinéma, ses techniques et ses techniciens, avec des cartes blanches confiées à l’écrivain et réalisateur Emmanuel Carrère, au directeur de la photographie Philippe Rousselot, et à l’agent d’acteurs Élisabeth Tanner. Quant à l’équipe d’Extrême Cinéma, elle prépare la vingt-deuxième édition du festival incorrect de la Cinémathèque de Toulouse, avec sa dose habituelle de Cinéma Bis, films d’exploitation, blockbusters déviants et autres films cultes ou totalement oubliés… mauvais goût assuré !

Le fil rouge de la saison des ciné-concerts rassemble des films de Mary Pickford et de Douglas Fairbanks Sr, couple mythique d’acteurs du cinéma muet et fondateurs, avec Chaplin et David W. Griffith, de la United Artists (société de production et de diffusion) leur garantissant une indépendance artistique et financière au sein du système hollywoodien. Trois ciné-concerts seront également à l’affiche de la nouvelle édition printanière des Musicales franco-russes.

À l’approche des fêtes de fin d’année, un festival dédié au jeune public propose trois jours d’ateliers, de séances accompagnées et de rencontres. Dans le hall de la salle de la rue du Taur, six expositions se succèderont au fil des mois: pour débuter la saison, l’illustrateur René Péron, qui a traversé l’histoire du cinéma des années vingt aux années soixante ; des portraits de stars et des photos de tournage signés Léo et Yves Mirkine ; les sorcières au cinéma ; des affiches de films peintes à la main sur des sacs de farine et destinées aux devantures des cinémas du Ghana ; l’affichiste Yves Thos, durant l’été ; etc.

Jérôme Gac

photo : "Le Labyrinthe des passions", de P. Almodóvar


«¡Pánico Pop! Subversion en Espagne, des yéyés à la Movida»,
dans le cadre de Cinespaña, du 3 au 11 octobre ;
«Ida Lupino, juste une cinéaste ou une cinéaste juste?»,
du 14 octobre au 3 novembre ;
«Gaspard Noé, seul contre tous», du 14 octobre au 4 novembre ;
Maria Augusta Ramos, du 28 octobre au 4 novembre ;
Festival Histoires de Cinéma, du 6 au 14 novembre, etc.

À la Cinémathèque de Toulouse
, 69, rue du Taur, Toulouse.
Tél. 05 62 30 30 10.