lundi 8 septembre 2014

Il est libre Jim


















Cinéaste américain et indépendant, Jim Jarmusch fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque de Toulouse.
 

«Je me suis lancé dans la réalisation de "The Limits of Control" (2009), en enlevant tout ce que le public pourrait en attendre, le drame, l’action, le sexe. Non par esprit de provocation, mais pour défendre l’idée que le cinéma est un art qui peut être mineur, personnel, poétique et libre», assurait dernièrement Jim Jarmusch. Figure emblématique et indétrônable du cinéma indépendant américain, Jim Jarmusch est issu de la scène new-yorkaise de la fin des années 1970 : «C'était une scène vraiment dissidente, assez romantique, où l'on se sentait comme des hors-la-loi. En communion avec les poètes maudits du XIXe siècle dont on empruntait l'attitude ou le patronyme (Tom Verlaine, Amos Poe, Richard Hell...). À l'époque, je me voyais d'ailleurs devenir poète ou guitariste plutôt que cinéaste. Dans cette bande, personne ne se laissait enfermer dans un simple registre. Nous avions le formatage en horreur. Patti Smith peignait, écrivait et travaillait avec le photographe Robert Mapplethorpe, Alan Vega faisait des sculptures, Jean-Michel Basquiat était DJ... Nous poursuivions l'héritage des poètes de la Beat generation, qui vivaient à des années-lumière du monde du commerce et n'avaient d'autre ambition que de s'éclater dans tous les domaines.»(1)
 

Révélé à Cannes par le noir et blanc beckettien de "Stranger than Paradise", sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs, il quitta le festival avec la Caméra d’or en poche - et Wim Wenders avec la Palme d’or pour "Paris Texas". C’était il y a tout juste trente ans, en 1984. Lentement mais sûrement, Jim Jarmusch s’est imposé dans le paysage du cinéma d’auteur avec une série de films contemplatifs et nocturnes. À la croisée du road-movie et du burlesque keatonien, ses héros souvent mélancoliques tentent de trouver leur place dans un monde dont ils sont exclus. «Lorsque tu vois un film de Lucas ou de Spielberg, tout le monde est blanc, tout le monde est chrétien, tout le monde appartient à la middle class, tout le monde a les mêmes valeurs – l’argent, la famille, l’efficacité économique. Tout cela va de soi. Ça m’ennuie, ça me fatigue… Ça ne m’intéresse vraiment pas d’écrire un film sur les Américains moyens»(2), déclarait-il en 1989.

Le cinéma de Jarmusch est le lieu de la rencontre. Sur leur route, les personnages se frottent à d’autres individus, le temps de quelques scènes ("Dead Man", "Broken flowers") ou pour le temps d’un film ("Stranger than Paradise", "Down by law"). Dans "Night on Earth", Jarmusch fait le tour du monde en cinq sketches, mettant en scène dans chacun d’eux un chauffeur de taxi au volant avec son client. Soit un hommage à la planète cinéma, à travers la présence d’acteurs vus chez Cassavetes (Gena Rowlands), Fassbinder (Armin Mueller-Stahl), Ferreri (Roberto Benigni), Pasolini, Kaurismaki, Doillon (Béatrice Dalle), Claire Denis (Isaach de Bankolé). 


«Lorsque vous vous retrouvez devant une feuille, la notion de forme est tout ce qui importe, plus que le sujet. Prenez le "Decameron" de Boccace, des gens se retrouvent dans un endroit et se racontent des histoires. Tous les récits s'emboîtent les uns aux autres. Une mise en abîme vertigineuse ! Cette construction narrative a directement inspiré la structure de mes films, "Night on Earth" et "Mystery Train". La littérature a toujours irrigué mes films : "Les chants de Maldoror" dans "Permanent Vacation", William Blake dans "Dead Man", Robert Frost dans "Down By Law". Avant de commencer un film, je ne sais jamais quelle forme il va avoir, alors je tourne un maximum de choses. Le scénario est comme une carte dont le film a besoin. Au montage j'écoute mon film et j'affine les choses»(3), confesse-t-il.

En 1996, Jim Jarmusch filme la tournée de Neil Young avec le groupe de garage-rock Crazy Horse. De cette épopée musicale naît un documentaire : "Year of the Horse". Cette expérience est le fruit d’une première collaboration entre le cinéaste et Neil Young qui composa la musique de "Dead Man", en 1995. La musique est étroitement liée à la filmographie de Jim Jarmusch : «La musique est la source de mes films. Les disques que j'écoute avant d'écrire un scénario font naître mes idées, me suggèrent la direction à prendre. Je me suis toujours enthousiasmé pour l'articulation entre les images et les différentes tonalités. Quand j'avais 20 ans, je passais des heures, à New York, à ma fenêtre, à observer l'agitation de la rue, à laisser mon esprit vagabonder, à voir se former des images en fumant de l'herbe et en écoutant du dub ou du jazz des années 1930. C'est un bonheur de pouvoir poursuivre cette expérience sur grand écran, dans l'ambiance magique d'une salle de cinéma.»(1)


Jérôme Gac

"Only lovers left alive" © Le Pacte


(1) Télérama (12/02/2014)
(2) Les Inrockuptibles
(Octobre 1989)
(3) Studio Ciné Live
(Février 2014)


Du 9 au 28 septembre, à la Cinémathèque de Toulouse,
69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 11.
 

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