mercredi 11 janvier 2023

L’inclassable


 

 

 

 

 

 

 

 

Cinéaste du rêve et la liberté, Georges Franju fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque de Toulouse.

Douze courts métrages et les huit longs métrages de Franju sont à l’affiche de la Cinémathèque de Toulouse cet hiver. D'abord décorateur de théâtre, puis affichiste, Georges Franju rencontre Henri Langlois qui sera le monteur de son premier court métrage en 1934, "Métro". Ils créent l'année suivante un ciné-club, le Cercle du Cinéma, puis fondent en 1936 la Cinémathèque française, avec Jean Mitry et Paul Auguste Harlé. Devenu Secrétaire exécutif de la Fédération Internationale des Archives du Film (FIAF) en 1938, il fonde en 1946 l'Académie du Cinéma qui organise des conférences internationales.

En 1948, il acquiert une renommée internationale en signant "le Sang des bêtes", un court-métrage soulignant le contraste entre le décor parisien voisinant les abattoirs de Vaugirard et la violence crue qui s'y déroule. Entre 1948 et 1958, il s'impose comme l'un des chefs de file du documentaire français en tournant treize courts métrages, dont la plupart sont des commandes. Il reçoit alors le Prix Louis Lumière pour l'ensemble de ses premiers films qui traduisent tous son «attirance pour l'insolite et pour ce qu'on a appelé le réalisme poétique».

Remplaçant Jean-Pierre Mocky pour l'adaptation d'un roman de Hervé Bazin, "la Tête contre les murs" est son premier long métrage: il met en miroir l'institution psychiatrique et le monde dit «normal». Jean-Luc Godard écrit alors dans les Cahiers du Cinéma: ‎«Comme on dit l’amour-fou, du premier long métrage de Franju, on dira : le cinéma-fou. "La Tête contre les murs" est un film de fou sur les fous. C’est donc un film d’une beauté folle».

Georges Franju déclara dans l'émission "Connaître le cinéma" sur France Culture, en 1969: «Il n'y a pas de Nouvelle Vague et je la conteste. Il n'y a pas de Nouvelle Vague dans le long-métrage, par contre il y en a une dans le court-métrage, nous étions plusieurs, il y avait Resnais, il y avait Fabiani, notre ami Mitry, Yannick Bellon, mon ami Georges Rouquier. Et ça c'était une vague, c'était un courant car le documentaire français était prestigieux. Quand Maurice Germain dit "la Tête contre les murs" est le premier film Nouvelle Vague, je ne comprends pas, moi je ne savais pas ce que cela voulait dire à l'époque, d'ailleurs je ne sais toujours pas ce que cela veut dire… Sauf que cette vague a reculé et qu'elle n'a donné que des épaves!». Le succès de "la Tête contre les murs", sorti en 1958, est suivi l'année suivante par "Les Yeux sans visage", film le plus connu de sa filmographie, d'après un roman de Jean Redon. Édith Scob, qui deviendra sa comédienne fétiche, tient le rôle d'une fille enfermée par un savant fou incarné par Pierre Brasseur.

En 1961, Georges Franju précisait sur l'antenne de la radio nationale sa définition du cinéma fantastique: «Les films d'épouvante les plus forts sont, au fond, les films chirurgicaux, on ne fera jamais mieux. Car pour faire peur aux gens il ne faut pas donner l'impression que les personnages sur l'écran, aient peur. Les surréalistes atteignaient à l'épouvante avec des scènes d'une extraordinaire banalité. [...] Pour faire peur il faut être à la foi réaliste et atteindre à l'anormal. On doit faire “vrai” dans tous les cas même si on suggère, à ce point que si on prend un film de fiction comme l'un des premiers "Frankenstein", pour moi c'est comique. Tous les films d'épouvante qui ne sont pas réalistes sont comiques et souvent grotesques. La seule bonne scène dans ce film montrait Frankenstein et une petite fille au bord d'un étang. Il était sorti de son laboratoire, il n'y avait plus d'étincelles, la petite fille lui donnait des fleurs et quand elle n'a plus eu de fleurs à lui donner il l'a jetée dans l'étang. C'était très vrai. C'était un décor naturel, Frankenstein était humain, la petite fille était là et c'était la seule scène d'épouvante du film.»

Sur un scénario original de Boileau-Narcejac, "Pleins feux sur l'assassin" est un policier burlesque qui déçoit en 1960. "Thérèse Desqueyroux", d'après le roman de François Mauriac, lui permet deux ans plus tard de transcender son réalisme fantastique dans les méandres de la psychologie criminelle. «Dans tous les personnages de François Mauriac le personnage le plus indigne est le personnage de l'homme qui croit. Il y a deux personnages chez François Mauriac, celui qui croit et celui qui doute. Moi je crois à celui qui doute», assurait Georges Franju sur France Culture, en 1969.

Il enchaîne avec sa version poétique de "Judex", personnage de justicier créé en 1916 par Louis Feuillade et Arthur Bernède. Cinéaste du rêve et de la liberté, il réalise ensuite "Thomas l’imposteur", d’après Jean Cocteau, avec Emmanuelle Riva dans le rôle d’une princesse devenue infirmière en 1914, puis "la Faute de l’abbé Mouret" qui narre les amours sensuelles d’un jeune prêtre et d’une jeune femme, avec Francis Huster et Gillian Hills. Il mêle templiers et robots humains dans le Paris contemporain de "Nuits rouges", son ultime film pour le cinéma, en 1974, la version pour grand écran d'un feuilleton en huit épisodes, intitulé "L’Homme sans visage", qu’il tourne pour la télévision.

Jérôme Gac
"Les Yeux sans visage" © La Cinémathèque française


Du 12 janvier au 16 février, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

 

mardi 29 novembre 2022

De la musique et du cinéma muet

 











La Cinémathèque de Toulouse présente la première édition du festival Synchro dédié aux ciné-concerts.

Parce que le cinéma n’a jamais été muet, grâce à la musique notamment, la Cinémathèque de Toulouse propose avec le festival Synchro la redécouverte de films pas encore parlants à travers le regard de musiciens aux approches très différentes (du piano à l’électro en passant par le jazz et le rock). Pour Jean-Paul Gorce, qui a dirigé l’archive toulousaine de 1983 à 1997, avant d’en devenir le conservateur, «remettre en scène le Muet ce n’est pas lui donner la parole (qu’il n’a pas), c’est lui donner la musique qu’il a toujours eue dans la rythmique de son montage (et dans le spectacle de ses premiers temps).»

Parmi la trentaine de pépites du muet choisies pour cette première édition, "Nosferatu" (photo) de Murnau sera projeté à l’église du Gesù, pendant les improvisations de l’organiste et compositeur Thierry Escaich. Le trio pop Stereopop Orchestra accompagnera "Chantage", d’Alfred Hitchcock ; le pianiste Michel Lehmann interprètera des morceaux orientalistes de la musique classique pour habiller les images de "la Sultane de l’amour", de Charles Burguet et René Le Somptier. En ouverture du festival, la pianiste néerlandaise Maud Nelissen et le harpiste portugais Eduardo Raon se sont associés pour créer une musique sur les images de "Loulou" de Georg Wilhelm Pabst.

Au Théâtre Garonne, le spectacle "Scarecrow" réunit trois courts métrages de Buster Keaton et le compositeur Martin Matalon à la tête de l’Ensemble Multilatérale. Le compositeur Karol Beffa accompagnera au piano "la Bohème", de King Vidor, avec Lillian Gish et John Gilbert ; en clôture du festival, le guitariste et compositeur Alvaro Bello Bodenhöfer jouera sa musique pour le film "Figaro", de Gaston Ravel, avec le pianiste Vadim Sher et le violoncelliste Dima Tsypkin, etc.

Au Théâtre de la Cité, le Studio offre des cartes blanches aux adeptes de la musique 8-bits, DJs ou encore manipulateurs de machines pour expérimenter d'autres manières d'accompagner des films : le studio de répétition du théâtre accueille ainsi chaque jour un ciné-concert inédit pour enfants et adultes. En début de soirée, le hall de la salle de la rue du Taur accueille des scènes ouvertes, l'occasion d'assister à des expériences auditives et visuelles inédites, soit vingt minutes de concert suivies de vingt minutes de ciné-concert présentant des programmes issus des collections de la Cinémathèque de Toulouse, de la naissance des fleurs à l’invasion des martiens en passant par le burlesque à la Keaton... Post-punk, ambient, electro, jazz acoustique, impro swing, electro-noise accompagneront ainsi des films scientifiques, grattés directement sur pellicule ou encore peints à la main, pour apprécier une autre façon de percevoir la combinaison du son et de l’image.

Chaque après-midi, le public pourra aussi découvrir dans le hall de la Cinémathèque de Toulouse une projection en boucle de films en 9,5 mm, le plus ancien format du cinéma d’amateur commercialisé dès 1922 par Charles Pathé («Pathé-Baby, le cinéma chez soi»). Une exposition d’affiches Gaumont de l’époque du muet issues des collections de la Cinémathèque de Toulouse est également visible dans le hall de la salle de la rue du Taur. Synchro se déploie également dans plusieurs lieux du territoire de la Métropole et de la région Occitanie ; à Toulouse, le festival investit la Cinémathèque de Toulouse, mais aussi le musée Paul-Dupuy, le centre culturel Alban-Minville, etc.

Jérôme Gac
 

Du 30 novembre au 4 décembre à Toulouse et Blagnac ;
Du 8 au 16 décembre à Muret, Castelmaurou, Grenade, Perpignan, etc.

La Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.


jeudi 20 octobre 2022

«Le professeur»





Une rétrospective est dédiée à Francesco Rosi à la Cinémathèque de Toulouse.

La rétrospective que consacre la Cinémathèque de Toulouse à Francesco Rosi inclut trois films de Luchino Visconti ("Bellissima", 1951 ; "Senso", 1953) dont il fut l’assistant à ses débuts. Rosi est également l’auteur du script de "la Terre tremble" (1947), dont il a dessiné certains plans. Il coréalise ensuite "Kean", avec Vittorio Gassman. Tournés en 1958, ses deux premiers longs métrages, "Le Défi" – primé à Venise – et "I Magliari", sont influencés par les films noirs d'Elia Kazan, de Jules Dassin et de John Huston. C'est avec "Salvatore Giuliano" qu'il connaît le succès en 1961, tant en Italie qu'à l'étranger, œuvre dans laquelle son style objectif et clair dans l'approche des réalités politiques et sociales se révèle nettement. 

Critique et historien du cinéma, Jean A. Gili précise: «Décrivant d’abord les méfaits de la camorra à Naples ("Le Défi", 1958), dont il suit ensuite les ramifications en Allemagne avec "Profession magliari"/"I Magliari" (1959), il élargit progressivement ses investigations à la Sicile pour en montrer la douloureuse soumission à la mafia ("Salvatore Giuliano", 1961), puis, revenant à Naples, il étale au grand jour la collusion entre les hommes politiques et les entrepreneurs capitalistes dans la mise à nu d’un problème – la spéculation immobilière – dont les enjeux ne sont pas seulement italiens ("Main basse sur la ville", 1963, Lion d’or à Venise).»(1) 

Très imprégné par son Sud natal, Francesco Rosi tourne fréquemment dans le Mezzogiorno. Le cinéaste confesse: «Je suis né à Naples, j’appartiens au Sud, j’ai toutes les contradictions d’un homme du Sud et d’un homme qui a eu le privilège d’une éducation bourgeoise: le privilège d’une culture dans un monde sub-culturel. Ces contradictions s’expriment dans un conflit très simple et en même temps extrêmement complexe et dramatique: le conflit entre les sentiments et la passion d’une part, la raison d’autre part. Je crois que je suis un typique représentant de ce conflit. Mon univers est un univers d’émotions et de passions, avec tous les défauts, toutes les limites et aussi toutes les généreuses vertus de la passion. Mais en même temps, j’aspire à la raison, à la possibilité de lire les sentiments presque de façon contemporaine à leur naissance ; je cherche à exposer la passion à la lumière d’une analyse rationnelle.»(1) 

Les œuvres de Francesco Rosi naissent généralement d'une recherche documentaire approfondie et d'un scénario écrit en collaboration avec des écrivains, notamment avec Tonino Guerra. Avec ce dernier, il signe ses films les plus marquants: "Les Hommes contre" (1970) qui décrit la folie meurtrière de la Première Guerre mondiale ; "l'Affaire Mattei" (photo) qui s’intéresse aux luttes internationales pour le contrôle du pétrole et remporte la Palme d’or au festival de Cannes, en 1972 ; "Lucky Luciano" (1973) qui suit la mise en place des réseaux de trafic de drogue entre l’Europe et les États-Unis ; "Cadavres exquis" (1976) qui dévoile «les rouages d’un complot d’État pour mieux asseoir l’autorité hors de tout contrôle démocratique», note Jean A. Gili.

Dans chacun de ces films, une personnalité historique est prétexte à l’analyse de la vie politique italienne pour en démasquer les compromissions. Selon Jean A. Gili, «Francesco Rosi représente une des figures les plus hautes de l’artiste profondément engagé dans les problématiques de son temps. Témoin de son temps, Rosi est sans doute le cinéaste le plus radical dans son approche civique et politique de la réalité italienne, dans sa volonté de montrer l’inextricable connivence entre pouvoir officiel et pouvoir occulte, entre organisation institutionnelle et structure mafieuse.»(1)

Ses origines hispaniques et les trois siècles de présence espagnole à Naples ressurgissent dans "le Moment de la vérité" (1964), évocation de la tauromachie dans l’Espagne franquiste, ainsi que dans "Carmen" (1984) de Bizet, et dans "Chronique d'une mort annoncée" (1987), d’après l'œuvre de Gabriel García Márquez. Dans le Sud de l’Italie, il tourne "Le Christ s’est arrêté à Eboli" en 1979, "Trois frères" en 1981, «qui n'est ni l'adaptation d'un livre ni le fruit d'une réflexion sur un dossier politique»(2), et "Oublier Palerme" en 1990, d’après Edmonde Charles-Roux. 

«Axés sur l'histoire contemporaine, ils sont plus ouverts que les films précédents de Rosi aux émotions intimes de ses personnages. L'acuité de ses analyses sociales, politiques et économiques s'y allie à une exploration des destinées individuelles. Tiré d'un roman autobiographique de Carlo Levi, "le Christ s'est arrêté à Eboli" est le seul film de Rosi qui évoque l'ère mussolinienne du fascisme. Exilé dans une petite ville du Sud à cause de son opposition au régime, un bourgeois du Nord, de culture rationaliste (interprété par Gian Maria Volonté), y découvre un monde qu'il ignorait, où règnent mysticisme et irrationnel. Pas d'intrigue linéaire ici, mais un journal de voyage presque ethnologique, quête d'un intellectuel qui se sent proche de la souffrance des pauvres. Au début, une phrase de Carlo Levi (“Le Christ n'est jamais arrivé jusqu'ici, ni même le temps, ni l'âme individuelle, ni l'espoir, ni la liaison entre la cause et les effets, la raison et l'histoire”) apparaît comme la clé de tous les films de Rosi. Le cinéaste aura cherché pendant toute sa carrière à mettre en relation les causes et les effets»(2), assure Jean-Luc Douin.

Le cinéaste déclarait à ce sujet: «Si l’on fait une enquête à propos d’un fait divers, on s’aperçoit que ce fait divers offre la possibilité de conduire une analyse profonde sur ses raisons, ses causes, ses conséquences. C’est cela qui a commencé à m’intéresser et j’estime que cette tentative de mettre en relation les causes et les conséquences d’un fait peut être considérée comme mon univers autonome d’auteur, mon style, ma recherche»(3). En 1992, Francesco Rosi dénonce dans "Naples revisitée" les ravages des détournements de fonds, de la spéculation immobilière et de la drogue. En 1997, il adapte "La Trêve" de Primo Levi, récit du retour à Turin d’un groupe de survivants du camp d’Auschwitz. 

Jean A. Gili constate: «Auteur de ses sujets, il a su s’appuyer sur des romans et des témoignages, adaptant les contes du Napolitain Basile, les récits autobiographiques du Sarde Emilio Lussu ou des Turinois Carlo Levi et Primo Levi, s’appuyant aussi sur le roman de politique fiction du Sicilien Leonardo Sciascia et s’ouvrant à des influences étrangères avec Georges Bizet et Prosper Mérimée, Gabriel García Márquez, Edmonde Charles-Roux. (…) Par certains aspects, Francesco Rosi, que ses amis surnomment affectueusement “le professeur”, s’est érigé en conscience morale du cinéma italien, en artiste qui a passé sa vie à se battre pour ses idées.»(1)

Jérôme Gac


(1) cinematheque.fr
(juin 2011)
(2) Le Monde (25/07/2008)
(3) lacinemathequedetoulouse.com


Rétrospective, du 18 au 27 novembre ;
Journée d’étude, mardi 8 novembre, de 9h00 à 18h00.

À la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10. 


vendredi 7 octobre 2022

Mad Max et les femmes fatales


 
Nicholas Ray, Georges Franju, Francesco Rosi, Patrick Dewaere seront cette saison à l’affiche de la Cinémathèque de Toulouse.

Cet automne, dans le cadre de Cinespaña, la Cinémathèque de Toulouse s’intéresse au cinéma policier espagnol avec une sélection de douze films réalisés depuis 1950. Le festival invite également le Portugais João Pedro Rodrigues, dont on verra les courts et longs métrages. De nombreux cinéastes seront à l’honneur cette saison dans la salle de la rue du Taur, avec des rétrospectives dédiées à l’Italien Francesco Rosi, au Japonais Yoshimitsu Morita, aux Américains George Miller et Nicholas Ray, aux Français Georges Franju (photo) et Med Hondo. 

On annonce également la venue de la documentariste mexicaine Tatiana Huezo (dans le cadre du festival Cinélatino), de l’Espagnole Isabel Coixet, de l’Américain Gus Van Sant, des Français Dominique Cabrera et Alain Guiraudie, et des hommages seront rendus à Jean-Louis Comolli, disparu au printemps dernier, et à l’acteur Patrick Dewaere. Une programmation sera dédiée aux réalisatrices portugaises (dans le cadre de la Saison France-Portugal 2022), et il sera question de cinéma yougoslave et de thriller coréen. 

Cet hiver, la Cinémathèque de Toulouse proposera de dérouler l’histoire du cinéma à travers le filtre des effets spéciaux, et les femmes fatales seront à l’affiche. Au printemps, le cinéma camp scintillera de mille feux, et un cycle sera consacré aux films qui décrivent le fonctionnement des médias. Avant une nouvelle édition du cinéma en plein air, une sélection de films se penchera sur les représentations de l’Amérique à travers le regard de cinéastes non américains (Demy, Wenders, Leone, etc.).

On annonce à l’automne la première édition du festival Synchro, manifestation qui met à l’honneur le cinéma muet à travers le regard et le talent de musiciens aux approches très différentes (du piano à l’électro en passant par le jazz et le rock), avec notamment "Loulou" de Pabst en ouverture, "La Ruée vers l’or" de Chaplin accompagné par l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, ou encore "Nosferatu" de Murnau, avec Thierry Escaich à l’orgue. 

Quant à l’équipe d’Extrême Cinéma, elle prépare la vingt-quatrième édition du festival incorrect de la Cinémathèque de Toulouse, avec sa dose habituelle de Cinéma Bis, films d’exploitation, blockbusters déviants et autres films cultes ou totalement oubliés… mauvais goût assuré ! À l’approche des fêtes de fin d’année, un festival dédié au jeune public propose des ateliers, des séances accompagnées et des rencontres. 

Dans le hall de la salle de la rue du Taur, cinq expositions se succèderont au fil des mois: un panorama détaille actuellement le fameux «esprit Positif», à l’occasion des 70 ans de la revue ; des affiches de Gaumont à l’époque du muet seront présentées à l’occasion du festival Synchro ; cet hiver, une immersion dans l’envers du décor dévoilera la fabrication des effets spéciaux ; le mime Marceau sera célébré au printemps, à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Marcel Marceau ; les affiches de Guy-Gérard Noël, des années 1940 jusqu’à la fin des années 1960, seront exhibées au cours de l’été.

Jérôme Gac
"Les Yeux sans visage" © La Cinémathèque française


«Spanish noir» et J.P. Rodrigues, dans le cadre de Cinespaña, jusqu’au 16 octobre ;
Festival Synchro, du 30 novembre au 4 décembre ; etc…

À la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

 

lundi 19 septembre 2022

Viendez au Groland !


Le Fifigrot, Festival international du Film grolandais de Toulouse, invite Bouli Lanners et célèbre les 30 ans de Groland.

La «Présipauté» de Groland a vu le jour en 1992, sur Canal +. Ce paradis fiscal limitrophe de la France est le fruit de l’imagination de Jules-Édouard Moustic et de sa bande: Christophe Salengro (1953-2018) à qui la «Présipauté» doit son nom, Benoît Delépine, Gustave de Kervern, Francis Kuntz, etc. Au fil des ans, l’émission épousant la forme d’un journal télévisé connaît un succès croissant et impose un style Groland devenu «une référence humoristique satirique, iconoclaste, utopique et joyeuse». 

Objet d’une véritable mythologie populaire (des autocollants portant la mention «GRD» se multiplient à l’arrière des voitures), le show télé fut alors un prétexte pour la création de diverses manifestations culturelles et votives, dont le Festival de Quend dans la Somme, entre 2005 et 2009, puis le Fifigrot. 

La onzième édition du Festival international du Film grolandais de Toulouse célèbrera donc comme il se doit le trentième anniversaire de Groland, lors d’une grande parade qui traversera le centre-ville en musique. Pour l’occasion, un hommage sera rendu au président Salengro, suivi de la projection de "C’est arrivé près de chez vous". Comme chaque année, projections de courts et longs inédits, documentaires, concerts, théâtre, expositions, rencontres littéraires, etc. sont au menu de cette édition. 

Côté ciné, les films en avant-première, les raretés et pépites décalées ou à l’humour déjanté sont évidemment au rendez-vous. L’Amphore d’or du film le plus grolandais pioché dans la compétition sera décernée par l’acteur Bouli Lanners, qui s’est également vu confier une carte blanche. Le public est invité à décerner son prix parmi ces films «d’esprit grolandais», et un jury constitué d’étudiants de l’Ensav attribuera le sien, sans oublier le fameux Prix Michael Kael.

Parmi les neuf longs métrages en compétition lors de cette édition, on attend notamment les nouveaux films de Jerzy Skolimowski, Ulrich Seidl, Sébastien Marnier, Quentin Dupieux ("Fumer fait tousser", avec Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Alain Chabat, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, etc.). Palme d’or à Cannes, "Sans Filtre" (Triangle of Sadness) de Ruben Östlund sera présenté en clôture des festivités. Neuf ouvrages de critique sociale, joyeuses, impertinentes concourent également pour le Gro Prix de littérature grolandaise.

Outre les traditionnelles sections Gro l'Art, Gro Zical, Midnight Movies ou encore Made in Ici, le Fifigrot affiche cette année une sélection de films sur le thème «Jeunesses enragées», ou encore la présence de Christophe Bier, documentariste, journaliste spécialisé dans les «mauvais genres» et romancier, qui présentera trois films. Quant à la programmation «La Grolandaise est-elle une femme comme les autres?», elle regroupe des expositions, une conférence et des projections. Il s’agira de célébrer aussi les «150 ans de La Pataphysique»: «la Pataphysique étant la colonne vertébrale de la réflexion intellectuelle et de la recherche scientifique Grolandaise», divers événements et rencontres ont été concoctés par l’équipe du Fifigrot, en particulier l’inauguration de la première ligne «Chaise à porteurs’lib» (en partenariat avec Tisséo !).

Installé dans l’enceinte du Port Viguerie, le Gro Village accueille comme de coutume diverses animations grolandaises, au bord de la Garonne, notamment des spectacles, des concerts et des projections de films en plein air. Enfin, la traditionnelle programmation Ciné Bistrot, en partenariat avec le collectif Bar Bars, propose une sélection de courts métrages dans plusieurs bistrots de la ville. Bienvenue au Groland !

Jérôme Gac
"Sans Filtre" © Fredrik Wenzel / Plattform Produktion
 

Fifigrot, du 19 au 25 septembre, à Toulouse et L’Union ;

Grovillage, de 14h00 à 23h00 (sauf lundi à partir de 18h00, samedi de 11h30 à minuit, dimanche de 11h30 à 22h00), au Port Viguerie, rue Viguerie, Toulouse.

 

mercredi 10 août 2022

Un prophète


 

 

 

 

 

 

 


Le centième anniversaire de la naissance de Pier Paolo Pasolini est marqué par la ressortie dans les salles de quelques uns de ses films et par une exposition présentée par la Cinémathèque de Toulouse à la librairie Ombres Blanches.

Poète, écrivain, cinéaste, acteur, peintre, journaliste critique et polémiste, Pier Paolo Pasolini aurait eu cent ans cette année. Restaurés pour l’occasion, plusieurs de ses films sont ressortis dans les salles obscures cet été. Conçue par la Cinémathèque de Toulouse, une exposition présentée à l’Atelier de la librairie Ombres Blanches évoque son parcours de cinéaste avec une sélection d’affiches, des photos et documents rares. Ombres Blanches invite également René de Ceccatty, biographe de Pasolini et traducteur de ses textes, Laurent Feneyrou, qui présentera son livre "Biagio Marin & Pier Paolo Pasolini: une amitié poétique" (Éditions de l’Éclat), et Hervé Joubert-Laurencin qui vient de publier "Le Grand Chant, Pasolini poète et cinéaste" (Éditions Macula). 

Dans son ouvrage "Portrait du poète en cinéaste" (Cahiers du Cinéma), paru en 1995, Hervé Joubert-Laurencin voit en Pier Paolo Pasolini «une voix morale et prophétique de la nation». Marquée par la recherche formelle et l'engagement politique, la production de Pasolini s’étale sur une trentaine d'années d'activité, au cours desquelles il aura provoqué de violentes controverses: interrogeant une Italie en pleine mutation économique, ses poèmes, ses romans, ses essais, son théâtre, ses films et ses nombreuses chroniques ont alors déchaîné la critique bourgeoise, la censure chrétienne et la menace néo-fasciste. 

Pasolini est l’auteur d’essais, de récits de voyages ("L'Odeur de l'Inde", 1962), de pièces de théâtre ("Orgia", 1968 ; "Caldéron" et "Affabulazione", 1973) et de recueils de poésie, notamment les poèmes en dialecte frioulan "Poésie à Casarsa" (1941-1942). Ses deux premiers romans ("Les Ragazzi", 1958 ; "Une vie violente", 1959) racontent sa fascination et son attirance pour les jeunes hommes, petites frappes des faubourgs romains au parler si particulier qui lui rappelle la langue du Frioul maternel. Défenseur ardent du sud de l'Italie, sa prose de «combattant» à la pensée paradoxale fait périodiquement la Une du Corriere della Sera, où il signe une tribune. Également critique littéraire dans Il Tempo Illustrato, il confessait: «Je suis glacé, méchant. Mes mots font mal. Le besoin obsédant de ne pas tromper les autres, de cracher tout ce que je suis, aussi». Ces textes, traduits par René de Ceccatty, ont été réunis et publiés sous le titre "Descriptions de descriptions".

Ce dernier constate: «C’est le cinéma qui lui a donné une gloire mondiale ; son activité de polémiste qui en a fait un acteur de premier plan de la vie politique italienne et un modèle (ou un ennemi) pour les intellectuels, mais c’est son œuvre poétique qui l’a inscrit définitivement dans l’histoire de la littérature italienne et mondiale, celle d’un poète “civil” qui intervient dans la vie publique, dans la tradition de Dante et de Leopardi. Son attachement à une société préindustrielle et paysanne, aux langues régionales, a créé des malentendus. Pendant longtemps, cela l’a éloigné des lecteurs et des cinéphiles, mais peu à peu on revisite son œuvre en profondeur et on la dissocie des caricatures. "Pétrole", son roman posthume, prend, avec le recul, une dimension de chef-d’œuvre, tant pour sa perspicacité visionnaire sur la corruption et la décadence d’une société dominée par l’argent et le cynisme, l’hypocrisie moraliste et la chiennerie, que pour son audace stylistique et structurale.»(1)

Sa carrière littéraire est déjà très avancée lorsqu'il se lance dans le cinéma. Après avoir collaboré à l’écriture de quelques scénarios, il tourne en 1961 son premier film, "Accattone", décrivant la vie d'un jeune proxénète romain dans un bidonville où règne l’inactivité et la faim. Pays encore rural, l’Italie découvre alors l'électroménager, la télévision, la voiture individuelle, mais aussi le chômage et le sous-prolétariat. «Lincoln a aboli l'esclavage, l'Italie l'a rétabli», affirme l’un des protagonistes du film qui dévoile le «miracolo economico» du point de vue des laissés-pour-compte. 

René de Ceccatty raconte: «Quand il tourne "Accattone", il est déjà violemment attaqué pour ses romans jugés obscènes et ses articles, notamment une diatribe contre le pape Pie XII. Évidemment, il y a de sa part une volonté de provocation en filmant un petit délinquant et en lui faisant parcourir toutes les étapes de la Passion du Christ. Mais c’était une façon de montrer que, pour lui, résidait là le vrai christianisme, dans la souffrance des pauvres»(2). De son côté, son amie, l’écrivaine italienne Dacia Maraini déclare à l'AFP: «Toute sa vie il a cherché un monde archaïque, pré-industriel, pré-mondialisé, paysan, qu'il jugeait innocent». 

Dans "Mamma Roma", il offre un rôle inoubliable de mère à Anna Magnani, puis fait jouer son ami Orson Welles dans "La Ricotta", en 1963 – la scène finale parodiant la crucifixion de Jésus est la première grande provocation du cinéaste. Il tourne l’année suivante "l'Évangile selon Matthieu", dans lequel sa mère interprète Marie. Lecteur admiratif de Freud, Marx et des Écritures, il assure que l'histoire de la passion est «la plus grande qui soit» et les textes qui la racontent sont «les plus sublimes qui soient». Puis, il réalise "Enquête sur la sexualité", où il interroge des Italiens de tous les milieux au sujet de leur vie sexuelle. Explorant la question du poids de la fatalité dans les tragédies antiques, il se lance dans un triptyque grec autour de trois mythes: "Œdipe Roi" (1967) de Sophocle, "Médée" (1970) d'Euripide, avec Maria Callas et Laurent Terzieff, et "Carnet de notes pour une Orestie africaine" (1968-1970). 

Dans le parabolique "Théorème" (1968), il met à l’épreuve une famille bourgeoise pervertie par la visite d’une figure christique incarnée par Terence Stamp. Pasolini confesse alors: «J'incline à un certain mysticisme, à une contemplation mystique du monde, c'est entendu, mais c'est par une sorte de vénération qui me vient de l'enfance, l'irrésistible besoin d'admirer les hommes et la nature, de reconnaître la profondeur là où d'autres ne perçoivent que l'apparence inanimée, mécanique, des choses. J'ai fait un film où s'expose à travers un personnage toute ma nostalgie du mythique, de l'épique et du sacré.»

Avec sa Trilogie de la vie, il organise ensuite un dialogue entre sa démarche intellectuelle et les cultures populaires en puisant du côté des contes, des mythes et légendes: "Le Décaméron" (1971) d’après Boccace, "Les Contes de Canterbury" (1972) d’après Geoffrey Chaucer, et "Les Mille et une Nuits" (1974) mettent en scène des personnages du peuple et des situations érotiques, sur fond de musiques traditionnelles. Dans "Salò ou les 120 Journées de Sodome" (photo), tourné en 1975, d’après Sade, le sexe n’est plus un moyen de libération comme c’est le cas dans la Trilogie de la vie, mais devient un instrument d’asservissement. 

À cette époque, Pasolini s’inquiète de l’expansion du monde marchand, dont il prophétise les monstruosités. Cette année-là, dans le Corriere della Sera, il décrit un pouvoir consumériste «capable d'imposer sa volonté d'une manière infiniment plus efficace que tout autre pouvoir précédent dans le monde». Il ne voit plus rien de joyeux dans cette période de libération, de «fausse permissivité», dit-il, où le sexe devient «triste, obsessionnel», où le corps est réduit «à l'état de chose». Cette lassitude le conduit à son dernier film, un scénario sur lequel travaillait son ami Sergio Citti et qu'il reprend à son compte. 

Pour Ninetto Davoli, son acteur fétiche qui fut son amant de 1964 jusqu’à leur rupture en 1973, «la Trilogie de la vie était l'ultime espoir d'une période gaie. Il avait pris conscience que le monde changeait de manière dramatique. Dans "Le Décaméron", il entrait déjà en rébellion contre la société de consommation, mais tentait de dédramatiser le constat. Dans "Salò", il n'essaie plus. Pour lui, c'était la fin d'un monde. Les gens n'arrivaient plus à se regarder en face.» Sorti après sa mort, "Salò ou les 120 Journées de Sodome" provoquera un scandale et sera interdit pendant plusieurs mois en Italie. Dans son ultime interview télévisée, accordée à Philippe Bouvard en octobre 1975, Pasolini déclare: «Scandaliser est un droit, être scandalisé est un plaisir». 

Pasolini est assassiné quelques jours plus tard, sur une plage d'Ostie, près de Rome. Condamné l'année suivante, un jeune prostitué de 17 ans affirme s'être battu avec sa victime car il refusait ses avances sexuelles ; il reviendra des années plus tard sur cette version qui n’avait convaincu personne. Son amie la comédienne Adriana Asti déplorait en 2013: «Tout ce qu'il redoutait est arrivé: la globalisation, le règne de la télévision, la surconsommation. Tout. Son œuvre lui a survécu, mais les jeunes ne la connaissent pas. Ils connaissent à peine Visconti ! L'Italie est éteinte, fatiguée, la culture est le dernier de ses problèmes...».(3)

Selon René de Ceccatty, «Pasolini est devenu une icône, comparable à Rimbaud. Sa mort violente en a fait un martyr. Mais ce qui reste est en réalité son œuvre poétique qui a marqué tous les domaines dans lesquels il s’est exprimé : cinéma, poésie proprement dite, roman, critique, interventions polémiques, politiques et sociétales. Son cinéma apparaît, avec le temps, extraordinairement novateur. Il a réinventé le néoréalisme dans ses deux premiers films et l’a détourné. Il a tenté de définir une fonction sacrée (il parlait de “hiérophanie” pour définir la force de la présence de la réalité à l’écran) de l’image cinématographique. C’est évident dans "l’Évangile selon saint Matthieu" (1964). Mais aussi dans "Théorème" (1968), dans "Œdipe roi" (1967), dans "Médée" (1969)»(1). «Je suis un nouveau cinéaste. Prêt pour le monde moderne», affirmait Pasolini quelques jours avant sa mort.

Jérôme Gac
(sources: AFP & Bifi)


(1) Télérama
(05/03/2022)
(2) La Croix - L’Hebdo (12/01/2022)
(3) Télérama (25/10/2013)

Exposition: «Pier Paolo Pasolini. Images fixes», jusqu'au 14 septembre, du mardi au samedi, de 14h00 à 19h00, à l'Atelier Ombres Blanches, 3, rue Mirepoix, Toulouse.

Rencontre avec René de Ceccatty, jeudi 8 septembre, 18h00 ;
Rencontre avec Laurent Feneyrou, vendredi 9 septembre, 18h00 ;
Rencontre avec Hervé Joubert-Laurencin, mercredi 14 septembre, 18h00.
À la librairie Ombres Blanches
, 50, rue Gambetta, Toulouse.

Projection: "Salò ou les 120 Journées de Sodome", mercredi 14 septembre, 21h00, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

Livres:
Pier Paolo Pasolini, "Descriptions de descriptions" (Manifestes, 2022) ;
Pier Paolo Pasolini et Biagio Marin, "Une amitié poétique" (L’Eclat, 2022) ;
René de Ceccatty, "Pier Paolo Pasolini" (Gallimard, 2005) ;
René de Ceccatty, "Avec Pier Paolo Pasolini" (Le Rocher, 2005/2022) ;

René de Ceccatty, "Le Christ selon Pasolini"
(Bayard, 2018).

 

jeudi 7 juillet 2022

Étoiles dans la nuit


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
À la nuit tombée, les films sont projetés en plein air tout l’été, dans la cour de la Cinémathèque de Toulouse.

Comme chaque été, la Cinémathèque de Toulouse transforme en salle de cinéma à ciel ouvert la cour qui conduit les spectateurs de la rue du Taur jusqu’à l’entrée du hall d’exposition. Pour la dix-huitième année, à l'occasion de cette traditionnelle programmation estivale, le grand écran est donc installé en plein air, sous les arbres où cinq cent spectateurs peuvent être accueillis par séance. Chaque film est présenté à la fois en extérieur, à la nuit tombée, mais également en salle en début de soirée. 

Des années trente à aujourd’hui, de "42e rue" à "Parasite", cette nouvelle sélection de «Cinéma en plein air» compte 35 films, où les stars seront au rendez-vous: Ingrid Bergman, Humphrey Bogart, Gary Cooper, James Stewart, Kim Novak, Steve McQueen, Anouk Aimée, Giulietta Masina, Robert Redford, Kirk Douglas, Bruce Willis, Jim Carrey, Julia Roberts, Richard Gere, Bill Murray, Viggo Mortensen, Jessica Chastain, James Franco, Charlize Theron, Scarlett Johansson, Eva Mendes, Adam Driver, Michel Piccoli, Denis Lavant, Jean-Hugues Anglade, Jean-Pierre Bacri, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Mathieu Amalric, Adèle Haenel, etc. Comme de coutume, divers genres sont représentés: la comédie débridée ou romantique, le musical, le mélodrame, le fantastique, le teen movie, le road movie, le polar ou le film noir, sans oublier quelques grands auteurs. 

Parmi les titres annoncés : "Casablanca" de Michael Curtiz, "Le Gouffre aux chimères" de Billy Wilder, "Le Train sifflera trois fois" de Fred Zinnemann, "Les Nuits de Cabiria" de Federico Fellini, "Sueurs froides" d’Alfred Hitchcock, "Lola" de Jacques Demy, "Les Tontons flingueurs" de Georges Lautner, "Bullitt" de Peter Yates, "Jeremiah Johnson" de Sydney Pollack, "Pretty Woman" de Garry Marshall, "Un jour sans fin" de Harold Ramis, "La Cité de la peur" d’Alain Berbérian, "Le Cinquième Élément" de Luc Besson, "Truman Show" de Peter Weir, "In the Mood for Love" (photo) de Wong Kar-wai, "Gran Torino" de Clint Eastwood, "Les Amours imaginaires" de Xavier Dolan, "Take Shelter" de Jeff Nichols, "Holy Motors" de Leos Carax, "Moonrise Kingdom" de Wes Anderson, "Spring Breakers" de Harmony Korine, "La Fille du 14 juillet" d’Antonin Peretjatko, "Mad Max: Fury Road" de George Miller, "Paterson" de Jim Jarmush, etc.

Directeur délégué de la Cinémathèque de Toulouse, Franck Loiret signale que «l’exposition consacrée à l’affichiste Yves Thos, accueillie en partenariat avec l’Institut Jean Vigo de Perpignan, restera accrochée tout l’été dans le hall. Cet été, enfin, la Cinémathèque sera présente dans plusieurs festivals pour différentes cartes blanches, en particulier les Rencontres Cinéma de Gindou pour l’hommage qui sera rendu à Guy Cavagnac, le producteur, réalisateur et ami, qui nous a quittés en janvier 2022.»

Jérôme Gac


«Cinéma en plein air», du 9 juillet au 7 août à 22h00, du 10 au 27 août à 21h30, du mercredi au dimanche, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.