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mercredi 13 septembre 2023

Rome, 1960


 

À la Cinémathèque de Toulouse, le cycle de rentrée «Les films qu’il faut avoir vus» met cette année à l’affiche "La dolce vita", de Fellini.

En 1960, à la suite de sa présentation au Festival de Cannes où il décrocha la Palme d’or, "La dolce vita" triomphait en France alors que le film fut interdit de projection à Rome, où il choqua le maire autant que le Pape. Fellini amorçait avec ce septième long métrage la mutation de son cinéma, jusqu'alors ancré dans le néoréalisme. Comme l’écrit l’historien du cinéma Jean A. Gili, «avant la révolution de "La dolce vita" et de "Huit et demi", Fellini est déjà un point de référence du cinéma italien, il a pleinement assimilé les leçons du néoréalisme et les a nourries du pouvoir visionnaire de son imagination: avec lui s’accomplit la transformation entre une réalité saisie dans ses composantes authentiques et une réalité recréée par la fantaisie et le rêve.»

Si "La dolce vita" s'attache en effet à décrire les nuits romaines décadentes à travers le regard d'un journaliste interprété par Marcello Mastroianni, le récit est ici construit sous la forme de séquences autonomes. Dans cette succession chaotique de tableaux, le cinéaste exhibe un réel fantasmé qui transforme Rome en scène de spectacle, où le profane côtoie le sacré, sur la musique de Nino Rota. Reconstituée en studio à Cinecittà, la Via Veneto est ainsi le théâtre d’une agitation constante, où paparazzi et chroniqueurs mondains courent après le moindre scoop. Entre oisiveté et frivolité, errance et voyeurisme, Fellini renvoie une image peu flatteuse à ses contemporains et invente la plus célèbre image du cinéma italien: la baignade d’Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi.

Lors de sa sortie en Italie, trois mois avant la projection cannoise, on lisait dans Le Monde, sous la plume de Jean d’Hospital, une description des «audaces crues» exhibées par le film scandaleux: «Cela sent la pourriture – souvent parfumée – d'une société cosmopolite. Laquelle ? Celle que Fellini connaît, celle du cinéma avec ses vedettes désaxées, ses starlettes éperdues, les mâles qui rôdent (c'est une façon de parler) autour d'elles, et celle d'hommes et de femmes appartenant par le nom ou par la bourse à des cercles qui cherchent dans la débauche un refuge contre l'ennui, fréquentant toujours les mêmes cafés, les mêmes boîtes, et ne trouvant d'évasion que dans l'orgie.»(1)

En 1971, l’écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio écrivait à propos de "La dolce vita", dans la revue L’Arc: «Fellini nous aventure au milieu de sociétés qui n’ont rien à nous apprendre de définitif sur elles-mêmes, des sociétés de doute, des sociétés non pas de pierre mais de sable et d’alluvions. La société selon Fellini est une société incertaine. D’abord parce que cette société est une société en train de s’écrouler. Corrompue, débauchée, ivre, grimaçante, la société que nous fait voir Fellini est en complète décadence. Mais elle ne l’est pas inconsciemment : il s’agit d’un monde en train de s’interroger, de se tâter, qui hésite avant de mourir. Fellini […] est le plus impitoyable témoin du pourrissement du monde occidental. Le paysage humain qu’il nous montre en mouvement, est à la fois la plus terrible et la plus grotesque caricature de la société des hommes. Bestiaire plutôt qu’étude humaine, elle nous montre tous les types de groins et de mufles dans toutes les situations: prostituées, déesses, androgynes, succubes, ecclésiastiques hideux, militaires abominables, parasites, artistes, faux poètes, faux prophètes, hypocrites, assassins, menteurs, jouisseurs, tous réels et tous méconnaissables, enfermés dans leur propre enfer, et perpétrant leurs crimes mécaniques sans espoir d’être libres, sans espoir de survie. En deçà de la parole, en deçà de l’amour et de la conscience, ils semblent les derniers survivants d’une catastrophe incompréhensible, prisonniers de leur zoo sans spectateurs. Cette société maudite est la nôtre, nous n’en doutons pas.»(2)

"La dolce vita" est projeté à la Cinémathèque de Toulouse, au cœur du traditionnel cycle de rentrée, «Les films qu’il faut avoir vus».

Jérôme Gac

 
(1) 20 février 1960
(2) L’Arc n°45, 1971
 

«Les films qu’il faut avoir vus», du 14 septembre au 4 octobre ;
"La dolce vita", samedi 23 septembre à 21h00 et dimanche 1er octobre à 16h00. 

La Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

 

jeudi 7 juillet 2022

Étoiles dans la nuit


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
À la nuit tombée, les films sont projetés en plein air tout l’été, dans la cour de la Cinémathèque de Toulouse.

Comme chaque été, la Cinémathèque de Toulouse transforme en salle de cinéma à ciel ouvert la cour qui conduit les spectateurs de la rue du Taur jusqu’à l’entrée du hall d’exposition. Pour la dix-huitième année, à l'occasion de cette traditionnelle programmation estivale, le grand écran est donc installé en plein air, sous les arbres où cinq cent spectateurs peuvent être accueillis par séance. Chaque film est présenté à la fois en extérieur, à la nuit tombée, mais également en salle en début de soirée. 

Des années trente à aujourd’hui, de "42e rue" à "Parasite", cette nouvelle sélection de «Cinéma en plein air» compte 35 films, où les stars seront au rendez-vous: Ingrid Bergman, Humphrey Bogart, Gary Cooper, James Stewart, Kim Novak, Steve McQueen, Anouk Aimée, Giulietta Masina, Robert Redford, Kirk Douglas, Bruce Willis, Jim Carrey, Julia Roberts, Richard Gere, Bill Murray, Viggo Mortensen, Jessica Chastain, James Franco, Charlize Theron, Scarlett Johansson, Eva Mendes, Adam Driver, Michel Piccoli, Denis Lavant, Jean-Hugues Anglade, Jean-Pierre Bacri, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Mathieu Amalric, Adèle Haenel, etc. Comme de coutume, divers genres sont représentés: la comédie débridée ou romantique, le musical, le mélodrame, le fantastique, le teen movie, le road movie, le polar ou le film noir, sans oublier quelques grands auteurs. 

Parmi les titres annoncés : "Casablanca" de Michael Curtiz, "Le Gouffre aux chimères" de Billy Wilder, "Le Train sifflera trois fois" de Fred Zinnemann, "Les Nuits de Cabiria" de Federico Fellini, "Sueurs froides" d’Alfred Hitchcock, "Lola" de Jacques Demy, "Les Tontons flingueurs" de Georges Lautner, "Bullitt" de Peter Yates, "Jeremiah Johnson" de Sydney Pollack, "Pretty Woman" de Garry Marshall, "Un jour sans fin" de Harold Ramis, "La Cité de la peur" d’Alain Berbérian, "Le Cinquième Élément" de Luc Besson, "Truman Show" de Peter Weir, "In the Mood for Love" (photo) de Wong Kar-wai, "Gran Torino" de Clint Eastwood, "Les Amours imaginaires" de Xavier Dolan, "Take Shelter" de Jeff Nichols, "Holy Motors" de Leos Carax, "Moonrise Kingdom" de Wes Anderson, "Spring Breakers" de Harmony Korine, "La Fille du 14 juillet" d’Antonin Peretjatko, "Mad Max: Fury Road" de George Miller, "Paterson" de Jim Jarmush, etc.

Directeur délégué de la Cinémathèque de Toulouse, Franck Loiret signale que «l’exposition consacrée à l’affichiste Yves Thos, accueillie en partenariat avec l’Institut Jean Vigo de Perpignan, restera accrochée tout l’été dans le hall. Cet été, enfin, la Cinémathèque sera présente dans plusieurs festivals pour différentes cartes blanches, en particulier les Rencontres Cinéma de Gindou pour l’hommage qui sera rendu à Guy Cavagnac, le producteur, réalisateur et ami, qui nous a quittés en janvier 2022.»

Jérôme Gac


«Cinéma en plein air», du 9 juillet au 7 août à 22h00, du 10 au 27 août à 21h30, du mercredi au dimanche, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.