Affichage des articles dont le libellé est Jean-Luc Godard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Luc Godard. Afficher tous les articles

mercredi 11 janvier 2023

L’inclassable


 

 

 

 

 

 

 

 

Cinéaste du rêve et la liberté, Georges Franju fait l’objet d’une rétrospective à la Cinémathèque de Toulouse.

Douze courts métrages et les huit longs métrages de Franju sont à l’affiche de la Cinémathèque de Toulouse cet hiver. D'abord décorateur de théâtre, puis affichiste, Georges Franju rencontre Henri Langlois qui sera le monteur de son premier court métrage en 1934, "Métro". Ils créent l'année suivante un ciné-club, le Cercle du Cinéma, puis fondent en 1936 la Cinémathèque française, avec Jean Mitry et Paul Auguste Harlé. Devenu Secrétaire exécutif de la Fédération Internationale des Archives du Film (FIAF) en 1938, il fonde en 1946 l'Académie du Cinéma qui organise des conférences internationales.

En 1948, il acquiert une renommée internationale en signant "le Sang des bêtes", un court-métrage soulignant le contraste entre le décor parisien voisinant les abattoirs de Vaugirard et la violence crue qui s'y déroule. Entre 1948 et 1958, il s'impose comme l'un des chefs de file du documentaire français en tournant treize courts métrages, dont la plupart sont des commandes. Il reçoit alors le Prix Louis Lumière pour l'ensemble de ses premiers films qui traduisent tous son «attirance pour l'insolite et pour ce qu'on a appelé le réalisme poétique».

Remplaçant Jean-Pierre Mocky pour l'adaptation d'un roman de Hervé Bazin, "la Tête contre les murs" est son premier long métrage: il met en miroir l'institution psychiatrique et le monde dit «normal». Jean-Luc Godard écrit alors dans les Cahiers du Cinéma: ‎«Comme on dit l’amour-fou, du premier long métrage de Franju, on dira : le cinéma-fou. "La Tête contre les murs" est un film de fou sur les fous. C’est donc un film d’une beauté folle».

Georges Franju déclara dans l'émission "Connaître le cinéma" sur France Culture, en 1969: «Il n'y a pas de Nouvelle Vague et je la conteste. Il n'y a pas de Nouvelle Vague dans le long-métrage, par contre il y en a une dans le court-métrage, nous étions plusieurs, il y avait Resnais, il y avait Fabiani, notre ami Mitry, Yannick Bellon, mon ami Georges Rouquier. Et ça c'était une vague, c'était un courant car le documentaire français était prestigieux. Quand Maurice Germain dit "la Tête contre les murs" est le premier film Nouvelle Vague, je ne comprends pas, moi je ne savais pas ce que cela voulait dire à l'époque, d'ailleurs je ne sais toujours pas ce que cela veut dire… Sauf que cette vague a reculé et qu'elle n'a donné que des épaves!». Le succès de "la Tête contre les murs", sorti en 1958, est suivi l'année suivante par "Les Yeux sans visage", film le plus connu de sa filmographie, d'après un roman de Jean Redon. Édith Scob, qui deviendra sa comédienne fétiche, tient le rôle d'une fille enfermée par un savant fou incarné par Pierre Brasseur.

En 1961, Georges Franju précisait sur l'antenne de la radio nationale sa définition du cinéma fantastique: «Les films d'épouvante les plus forts sont, au fond, les films chirurgicaux, on ne fera jamais mieux. Car pour faire peur aux gens il ne faut pas donner l'impression que les personnages sur l'écran, aient peur. Les surréalistes atteignaient à l'épouvante avec des scènes d'une extraordinaire banalité. [...] Pour faire peur il faut être à la foi réaliste et atteindre à l'anormal. On doit faire “vrai” dans tous les cas même si on suggère, à ce point que si on prend un film de fiction comme l'un des premiers "Frankenstein", pour moi c'est comique. Tous les films d'épouvante qui ne sont pas réalistes sont comiques et souvent grotesques. La seule bonne scène dans ce film montrait Frankenstein et une petite fille au bord d'un étang. Il était sorti de son laboratoire, il n'y avait plus d'étincelles, la petite fille lui donnait des fleurs et quand elle n'a plus eu de fleurs à lui donner il l'a jetée dans l'étang. C'était très vrai. C'était un décor naturel, Frankenstein était humain, la petite fille était là et c'était la seule scène d'épouvante du film.»

Sur un scénario original de Boileau-Narcejac, "Pleins feux sur l'assassin" est un policier burlesque qui déçoit en 1960. "Thérèse Desqueyroux", d'après le roman de François Mauriac, lui permet deux ans plus tard de transcender son réalisme fantastique dans les méandres de la psychologie criminelle. «Dans tous les personnages de François Mauriac le personnage le plus indigne est le personnage de l'homme qui croit. Il y a deux personnages chez François Mauriac, celui qui croit et celui qui doute. Moi je crois à celui qui doute», assurait Georges Franju sur France Culture, en 1969.

Il enchaîne avec sa version poétique de "Judex", personnage de justicier créé en 1916 par Louis Feuillade et Arthur Bernède. Cinéaste du rêve et de la liberté, il réalise ensuite "Thomas l’imposteur", d’après Jean Cocteau, avec Emmanuelle Riva dans le rôle d’une princesse devenue infirmière en 1914, puis "la Faute de l’abbé Mouret" qui narre les amours sensuelles d’un jeune prêtre et d’une jeune femme, avec Francis Huster et Gillian Hills. Il mêle templiers et robots humains dans le Paris contemporain de "Nuits rouges", son ultime film pour le cinéma, en 1974, la version pour grand écran d'un feuilleton en huit épisodes, intitulé "L’Homme sans visage", qu’il tourne pour la télévision.

Jérôme Gac
"Les Yeux sans visage" © La Cinémathèque française


Du 12 janvier au 16 février, à la Cinémathèque de Toulouse, 69, rue du Taur, Toulouse. Tél. 05 62 30 30 10.

 

dimanche 6 novembre 2016

La France du XXe siècle
















Entamé au printemps, un cycle dédié au cinéma policier français se poursuit cet automne à la Cinémathèque de Toulouse qui invite le cinéaste Nicolas Boukhrief.

Le cinéma français étant le domaine privilégié des auteurs, les genres y ont peu prospéré. Seul le cinéma policier a très vite trouvé en France un territoire où se déployer, circulant à la fois du côté du cinéma populaire comme du côté des auteurs. La Cinémathèque de Toulouse poursuit cet automne un cycle dédié à ce genre, cycle entamé au printemps et reprenant à partir des années cinquante qui furent le cadre d’une véritable renaissance du genre. C’est l’apparition de la collection Série Noire, créée chez Gallimard par Marcel Duhamel au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui provoque ce renouveau sur grand écran, terreau de l’éclosion d’un âge d’or du polar à la française au cours des années 1960 et 1970.


Dans son ouvrage de référence "le Cinéma policier français"(1), François Guérif écrit: «Le film policier tient aussi du film d’aventures et se passe dans tous les milieux sociaux. Il recouvre des catégories différentes : énigme, thriller, film noir, psychologie criminelle, étude de mœurs, etc. Le film policier a deux types essentiels de personnages : celui qui commet le délit et celui qui cherche à découvrir comment a été commis le délit et/ou à mettre hors d‘état de nuire le responsable du délit ; autrement dit, le flic et le truand, le juge et l’assassin, le chasseur et le chassé. Dans ce dernier cas, et dans la catégorie suspense, cela peut être l’assassin et sa victime. En tout état de cause, le personnage est un véhicule qui permet de pénétrer partout et de dévoiler les vérités cachées que recèle le monde. Par ailleurs, comme tout film, le film policier reflète la société de l‘époque à laquelle il a été tourné. Mais, en dévoilant ce qui se passe “derrière” la façade, en évoquant les interdits, en constatant l‘évolution des lois, de la criminalité et de sa répression, il la reflète sans doute plus fidèlement qu’aucun autre genre», constate François Guérif.


Selon Franck Lubet, responsable de la programmation de la Cinémathèque de Toulouse, «le polar est à la fois populaire auprès des spectateurs et laboratoire pour les cinéastes. La Nouvelle Vague, qui vient bousculer le cinéma, n’y coupe pas. Truffaut tire sur l’ambulance en y mêlant éléments comiques et mélodramatiques (Tirez sur le pianiste). Godard, qui n’est jamais à bout de souffle, plonge Lemmy Constantine dans une aventure digne d’un collage surréaliste (Alphaville). Chabrol, l’œil malin, en fait un pied-de-biche pour disséquer la société (Le Boucher). Le polar n’est pas que divertissement, il est aussi dynamite. Les années 1970, 1980 – "Armaguedon", "Le Choix des armes", "Mort d’un pourri", "Extérieur, nuit", "Police" (photo), "L.627" – le voient sortir de sa mythologie… pour en créer une nouvelle. Et c’est peut-être là l’essence du cinéma policier. Il peut parler de la société contemporaine, de sa production, en montrer les recoins les plus sombres, en dénoncer les institutions et se faire radiographie des hommes et des femmes qui la composent ; au final, il est surtout – il est avant tout – cinéma. Tour à tour iconographique et iconoclaste. Avec ses codes, que l’on respecte ou que l’on détourne, il est pour le cinéma un laboratoire où se fabriquent des images. Une imagerie. Une imageraie. Et quoiqu’on en pense, ce n’est pas par fascination pour les truands ou la maréchaussée que l’on aime le cinéma policier, mais pour le cinéma. On y trouvera un éventail de mises en scène (du cinéma de papa au cinéma de francs-tireurs, de la stylisation quasi abstraite de Melville au souci de vérité intransigeant de Pialat) réunies autour d’un dénominateur commun. Un genre.»


Le cinéaste Nicolas Boukhrief sera à cette occasion l’invité de la Cinémathèque de Toulouse, parce que ses «films ("Le Convoyeur", "Cortex", "Gardiens de l’ordre", "Made in France") s’inscrivent parfaitement dans une tradition du genre tout en le renouvelant», termine Franck Lubet.


Jérôme Gac

"Police" © collections La Cinémathèque de Toulouse
 

(1) Éd. Veyrier
 

Du 9 novembre au 18 décembre, à la Cinémathèque de Toulouse,
69, rue du Taur, Toulouse. Tél. : 05 62 30 30 11.